Pour inaugurer la rubrique « interviews », nous avons eu le plaisir de rencontrer The F.H.C. alias Lucas, compositeur vosgien de 22 ans ayant commencé en 2009 dans la musique électronique.

Pourquoi avoir choisi comme nom « The F.H.C. » ?

À la base c’est un nom que j’ai utilisé avec un groupe de potes quand on faisait des microfilms, des petits délires qu’on filmait et on a du chercher un nom qui sonnait bien, puis on est tombé sur un truc avec ces trois lettres. La signification étant un peu pitoyable je vais t’épargner ça (rires).
Après le lycée, on s’est un peu dispersé et c’est à ce moment là que j’ai commencé à trifouiller les logiciels de MAO, au début juste par curiosité, rien de super concret à cette époque. Pour le pseudo j’ai donc repris ces 3 lettres, je me les suis approprié et en ait changé la signification pour mon truc perso. La traduction est tenue secrète! Il y a très peu de personnes qui la connaissent.

Dans les Vosges, il se passe quoi côté musique ?

Rien du tout (rires). Par contre quand tu prends le temps d’aller vers Nancy-Metz, ça bouge déjà plus et il n’est pas rare de retrouver quelques têtes d’affiches à Nancy par exemple.
Dans les Vosges, niveau électronique, il n’y a rien du tout que je sache. C’est bien dommage, c’est le seul truc qui me fait chier là bas, ce manque.

Mise à part la musique, tu fais quoi dans la vie ?

Pour l’instant je suis encore dans les études. Mais je touche au but, je suis en plein stage de fin d’études. Le début de la vie active est proche, on va essayer de s’accrocher.

Et tu étudies quoi ?

Je bosse dans l’Environnement et les risques naturels, bien loin de la musique, c’est dommage mais bon…

Comment tu as commencé la musique ?

En fait je suis tombé par hasard sur une démo de Fruity Loops, j’avais envie de bidouiller, voir ce que ça donne et j’ai trouvé ça super intéressant.
Ensuite j’ai acquis une version complète, j’ai commencé à faire mes premiers pas avec jusqu’ à ce que je le maîtrise totalement et que je fasse des sons de plus en plus « pro ». Depuis, je suis passé à d’autres logiciels de MAO, notamment Ableton, génial pour l’utilisation « temps réel », et principalement Cubase pour la composition. C’est le top.

Quelle est ta manière de composer ?

Il y a deux possibilités, soit j’ai une idée qui vient comme ça et si jamais j’ai le temps, j’essaye de la mettre à plat, mais honnêtement ça n’arrive pas souvent. C’est plutôt, j’ai un peu de temps devant moi alors je vais me faire une petite session production et je bidouille. Je bidouille pour avoir un son assez intéressant et ensuite, je brode autour jusqu’ à ce j’obtienne quelque chose qui corresponde à ce je ressens sur le moment.

Tu procèdes par plusieurs étapes ? Il t’arrive de faire des previews ?

J’aime bien que le son soit fini, quand il n’est pas terminé je n’ai pas envie de le divulguer, excepté à certaines personnes pour avoir un avis. Si jamais je le montre au gens, c’est que j’estime qu’il est terminé.

Comment décrirais-tu ta musique ?

Aux niveaux de sonorités, ça se rapproche plus de la techno/minimal, avec des sonorités electronic. Dans tous les cas à chaque fois que je compose c’est basé sur le ressenti et l’émotion du moment, ça peut soit être très sombre ou plus léger, plus cool, ce n’est pas clairement définissable dans la mesure où je ne suis pas enfermé dans style en particulier.

Tu es d’accord pour dire que ta musique est une invitation au voyage ?

Ouais c’est d’ailleurs un critère que je me force de respecter quand je fais une composition, à la base je ne compose pas dans le but de faire bouger c’est clair et net, je fais un son pour qu’on se sente bien. Il y a un côté mental que j’essaye d’intégrer à chaque fois.

Dans la scène électro actuelle, comment définirais-tu cette masse dont tu souhaites te différencier ?

La masse en question…

Je fais référence à ton SoundCloud et où le mot « masse » apparaît.

Ce que j’appelle la masse, c’est tous ceux qui se rassemblent autour d’un artiste parce qu’il est à la mode… Le mec, je ne sais pas s’il se rend compte que ce qu’il fait devient un produit marketing et ça ne me plait pas. S’il n’essaye pas d’explorer d’autres voies, s’il reste dans le son qui le rend bankable, il sait que ça fonctionne, alors il sort du côté artistique du truc, ça devient un marchand. Imaginons que je perce et que je vois qu’avec un certain style je ramène plein de monde, je vais essayer de bidouiller pour aller vers autre chose, tout doucement bien entendu, afin de ne pas être en rupture et délaisser mon public.

Il ne faut pas que ça reste figé, tout est dans le mouvement ?

C’est ça ouais, il faut que ça bouge, d’ailleurs je pense que c’est le seul moyen pour durer plus longtemps. Un moment donné, un style ça s’arrête et les gens passent à autre chose, si tu passe à autre chose avant les gens, ça va suivre, je suppose que ça marche comme ça.

Aujourd’hui il y a des plateformes musicales comme Soundcloud , Bandcamp , iTunes et Beatport, beaucoup d’EPs sortent, pourtant c’est vraiment difficile d’éclore alors comment se faire une place ?

L’originalité en est une clé mais ce n’est pas simple, je cherche toujours une recette intéressante pour me faire une place. De plus, il faut être proche de son public et savoir partager, si tu aimes tu fais découvrir dans la mesure du possible.

Sur ta page Facebook, on peut lire « innombrables » pour tes influences, tu peux être plus précis ?

Ca fait longtemps que je n’ai pas touché à ça, en effet mes influences sont très vastes et diverses. J’ai un groupe de référence, Depeche Mode. Au niveau de l’originalité ils sont en tête de liste, c’est vraiment eux qui me donnent envie d’avancer, de me perfectionner. Sinon forcément les Daft Punk, Vitalic, Boys Noize, les grands classiques on va dire, mais actuellement ceux qui m’influencent fortement dans ma démarche artistique ce serait les groupes comme Extrawelt, Fairmont que j’adore en ce moment, Gui Boratto avec son dernier album qui m’a complètement bouleversé, il y en a quelques uns comme ça qui sortent du lot.

Pour Depeche Mode, un titre ou un album qui t’as marqué en particulier ?

Ils me touchent tous différemment d’un album à l’autre, ils arrivent à changer de style avec le temps, indirectement je reprends un peu ce procédé, dans ce que j’ai dit précédemment.

Il y a quelques mois sortait ton premier EP « Dare » sur le label On the fruit records, comment tu t’es retrouvé sur ce label ?

J’ai fait connaissance avec Franck (boss du label) via Twitter, dès qu’il a commencé à poster des trucs intéressants je répondais et on a commencé à sympathiser comme ça. Plus tard il a pris connaissance de mes sons. Un moment je me suis dit « aller, je vais essayer de le contacter pour qu’on fasse un projet ensemble » et puis il m’a répondu qu’il comptait un jour bosser sur un truc avec moi, il aime plutôt bien ce que je fais. Je lui ai envoyé une palette de sons pour voir lesquels lui plairaient le plus, il en a retenu deux, du coup j’en ai refais deux autres pour compléter l’EP.

Et tu peux nous en dire plus sur ce label ?

Il a été historiquement fondé en fin 2009 et il est plutôt orienté Nu Disco. Au départ ça m’a fait bizarre, je me suis demandé comment il va réussir à me faire marcher, vu que je suis plutôt loin de ses codes.
Il y a des artistes qui ont signé dessus comme LBCK, Housquare qui fait un son house de Chicago vachement intéressant, Audionite, un autre OVNI du label qui maintenant est sur Boys Noize Records, je me suis justement dis si jamais je pouvais faire le même parcours, ça serait terrible quoi! Sinon, très orienté Nu Disco donc, avec de très bons artistes comme Alec Carlsson, Figure of 8, Worship…

Après ce premier EP, tu as des projets en cours ?

L’EP a eu un petit succès, il a eu pas mal d’écoutes, quelques artistes ont contacté le label en question en disant que c’était pas mal, notamment Fake Blood qui avait beaucoup aimé l’EP, Human Life aussi.
Mais après ça n’a pas été au-delà donc on a voulu retenter un truc, j’ai fait un son il y a quatre mois qui s’appelle Lucid, Franck du label qui a totalement accroché dessus m’a dit qu’il fallait faire quelque chose avec ça, donc ils l’ont passés au mastering. Il a tenté de le mettre sur le soundcloud du label et de voir ce que ça aller donner. Le problème, c’est que ça n’a pas attiré grand monde parce que les gens qui vont sur le soundcloud du label, c’est généralement pour écouter du nu disco. Ecouter de la techno un peu hypnotique c’est pas leur truc. Ça a même un peu fait chier Frank, parce qu’il n’aime pas que son label ait une étiquette dessus, il aimerait bien varier. Donc du coup je n’ai pas de projets, je suis toujours en bon termes avec le label, je suis prêt à faire des remixes comme je l’ai fais pour Figure of 8 pour un EP sorti en février. S’il me recontacte pour faire un remix, je suis partant! Enfin quand je dis que j’ai aucun projets, ce n’est pas totalement vrai… un grand changement arrive et ma dernière mixtape en est l’introduction !

Par rapport aux retours positifs de « Dare », sais-tu si tu as été playlisté dans un set (de Fake Blood par exemple) ?

Aucune idée, si tel est le cas, ça me ferait vraiment plaisir.

Tu seras prochainement sur scène ?

Peut être le warm up de Fuckkk Offf, j’attends une confirmation et ça ne serait pas pour tout de suite sinon j’ai rien de prévu hélas…

L’art numérique et la musique sont deux univers qui se rapprochent, dans tes lives, est-ce qu’il pourrait y avoir une dimension visuelle ?

Carrément, il faut que ce soit un tout, en fait pour un live je n’ai pas forcément envie que les gens voient ce que je fais de mon matos, j’ai envie qu’ils savourent l’instant, que se soit plus une expérience globale. Je verrais bien quelque chose de psychédélique.

Peux-tu nous parler de la pochette de ton EP ?

La pochette a été réalisée par GloriaKitsune, ma moitié, avec qui j’espère collaborer pour d’autres pochettes et d’autres visuels !

Un live ou DJ set qui t’a marqué récemment ?

Mondkopf, que j’ai vu plusieurs fois. Son live est assez particulier. Puissant dans le son et les visuels, c’est une putain d’expérience.
En DJ Set, j’ai vu un set de Canblaster, diablement efficace, vraiment excellent.

Qu’est ce que tu pense de notre manière de consommer la musique aujourd’hui ?

J’apprécie le principe de Bandcamp avec le concept du « Pay What You Want » .
C’est une manière innovante de consommer la musique.

Es-tu attaché à une sortie physique de ta musique ?

En fait le CD pas forcément, ça reste un bonus, par contre dans le vinyle il y a un côté symbolique et intemporel, c’est clair que ça me plairait bien d’avoir ma musique sur ce support.

Quels seraient les 5 titres que tu emporterais sur une île déserte ?

« Walking in my shoes » de Depeche Mode
« Victim of the Stars » de Projekt Gestalten
« Flying Practice » de Gui Boratto
« Phoebe » d’Extrawelt
« High Hopes » de Pink Floyd

Tes vinyles de chevet ?

« Ultra » de Depeche mode
« Homework » de Daft Punk
Le mien si j’arrive à l’avoir en vinyle!
« OK Cow Boy » de Vitalic

Ketchup ou Mayo ?

Plus Ketchup !

Le mot de la fin ?

Très chiante cette question!

Merci à The F.H.C.
Son EP « Dare » est disponible à l’écoute sur Soundcloud et le télécharger sur iTunes et sa dernière mixtape est juste en dessous.

  • Léo

    Yesssss, merci KM pour cette interview mais on en veut encoooore ! ahahahahah
    Peace up!