À l’occasion de la sortie du 3e EP de Chill Bump, nous sommes partis à la rencontre du duo tourangeau composé de Miscellaneous (emcee) et Bankal (beatmaker). Sachez que ces mecs nous ont saucé et on espère que ça sera le cas pour vous aussi.

Chill Bump c’est un pur produit tourangeau rappé en anglais ou US made in France ?

Miscellaneous: Ah ! C’est une bonne question.

Bankal : Je dirais tourangeau rappé en anglais. On est influencé parce ce qu’on vit en France mais finalement la forme est anglaise.

Aujourd’hui, nous considérons que la scène hip hop française est partagée en plusieurs scènes : une scène « radio », une scène indépendante ainsi qu’une scène « internet ». Pensez-vous appartenir à une de ces scènes ?

B : Pour l’instant on n’a pas réellement l’impression de faire parti d’une scène, on n’a pas encore analysé ça. On fait parti de ces artistes qui tentent de sortir de la toile. Notre musique n’est pas encore physique. Au quotidien, il n’y a personne qui gravite réellement autour de nous, on fait nos projets tous les deux sans faire partie d’un crew et sans label derrière.

: À Tours, il n’y pas une grande scène hip hop comme on l’aimerait. De nombreux styles de musique sont représentés sur la scène tourangelle même si le hip hop n’est pas forcément mis en avant. Quelques uns de nos potes en font mais ne sont pas dans le même délire que nous, chacun fait à sa sauce. Tout ce qui tourne autour de la communication fait que certains groupes sont écoutés ou pas. En étant sur internet, rare sont les artistes qui arrivent « buzzer » facilement. Disons qu’on fait parti d’une scène un peu plus enfouie, sans forcément faire de la musique hybride.

B : Internet est le moyen le moins « coûteux » pour faire découvrir notre travail, ça te permet rester de libre et créatif. On parle souvent de rap et d’internet, 1995 l’a bien montré en réussissant à se faire un nom grâce à des freestyles vidéos et des battles tout en restant indépendant.

Sur le premier EP, vous avez voulu donner une teinte seventies, est-ce important pour vous qu’il y ait une couleur sonore au niveau d’un EP ou un album du début à la fin ?

B : On a eu cette démarche là sur les deux premiers EPs, ça sera la même sur le troisième, qu’il y ait une toujours cohérence sonore, qu’aucun morceau ne choque « qu’estce qu’il fait ce morceau ici ? ». Si on avait placé une track avec des sonorités un peu électroniques ou avec des wobbles dubstep sur le premier EP, ça aurait fait un peu tâche.
Le troisième est celui qui a demandé le plus de réflexion en amont donc je pense que cette cohérence  dans les intrus et les thèmes va être encore plus marqué que sur les deux autres.
Après un album, c’est un concept, plus qu’une couleur sonore, un album est bâtie atour d’un fil conducteur.

M : Ça ce sont les bons albums selon nous, la tendance aujourd’hui c’est 3 singles et le reste du remplissage. Si on devait faire un album, celui-ci doit avoir une identité propre et de l’intérêt du début à la fin, qu’on soit plongé dans un univers.
Le premier EP est plus accessible finalement aux gens qui n’écoutent pas forcément du hip hop, même dans les thématiques d’écriture. Le premier EP a plus un côté marginal avec Lost in the sound, traitant de la vie d’un musicien pas très bien vu par la société, dans Snip Snip j’évoque le fait qu’on soit trop nombreux sur terre et qu’il faudrait castrer les gens. Tu trouves un décalage par rapport à la société dans le premier mais ça reste accessible par les sons
Le deuxième, un peu plus énervé musicalement, c’est notre vision du hip hop. Sur les prochains EPs ça sera encore des autres délires, parce que l’on n’a pas l’impression d’avoir exposé toutes les facettes que l’on veut montrer.

Toutes vos sorties sont sur Bandcamp, envisagez-vous de sortir votre musique au format vinyle ?

M : Pour l’instant on ne sait pas trop qui nous suit, on verra quand on fera des concerts, si on en fait à 20 personnes ou à 150 partout.

B : C’est difficile de se rendre compte de l’engouement qu’il y a autour du groupe tant que tu n’as pas fait de scènes. Dans l’idéal, une sortie vinyle ça nous plairait très bien.

Comment ont été réalisés (intrus/écriture) vos EPs ?

B : J’ai choppé un lot de vinyle, d’un gros digger de Tours, G Bonson (LZO Records) d’ailleurs je vous invite à écouter ces sons sur Bandcamp. Quand je trouve un sample qui me plaît j’essaie d’en faire quelque chose, faire une boucle puis je lui fais écouter pour voir si ça peut l’inspirer.

M : On se met d’accord sur la sonorité et on a défini plus ou moins la thématique générale, ça commence généralement par un sample de Bankal. Parfois on n’a pas les mêmes avis et le but c’est aussi que Bankal soit en accord avec ce que je dis et qu’il assume également.

Bankal, tu diggues sur Tours ou tu préfères farfouiller sur le net ?

B : Je n’aime pas digguer sur internet, déjà dans la façon de faire de la musique aujourd’hui on passe beaucoup trop de temps avec une souris et un écran. Après j’aime fouiner les vinyles dans les brocantes ou dans les shops de seconde main, tu trouves plein de disques et j’ai l’impression que les gens n’en veulent pas de ceux là donc il y a forcément des trucs à faire avec. Du coup je ne suis pas dans le sample de soul super pointue parce que déjà ce n’est pas ma culture, puis je préfère détourner quelque chose d’inattendu.

Tu penses quoi de Birdy Nam Nam ou C2C qui ont lâché la compétition et donner un autre visage au turntablism ?

B : Je pense qu’ils ont bien raison. Pour avoir fait à mon petit niveau des compétitions de scratch, c’est quelque chose de très intéressant mais qui n’a pas forcément évolué, ou du moins dans le bon sens. Le championnat est quelque chose qui t’enferme, je prends toujours ce parallèle avec le patinage artistique, mais ce qu’il y a de plus fun à regarder c’est lorsque la compétition est terminé. Les sportifs se déguisent et font un gala, du coup ils n’ont plus de carcan. Birdy Nam Nam et C2C c’est bien mieux depuis qu’ils ont arrêté le championnat même si C2C étaient déjà très fort car ils arrivaient à incorporer dans un set de 6 minutes, avec des contraintes de technicité et de musicalité, quelque chose accessible, efficace et agréable à l’écoute. Ce qui n’est pas réellement le cas dans des championnats de scratch.

Sur le deuxième EP, dans le morceau « Watch me score points », il y a des sonorités dubstep. Que pensez-vous de l’association rap/dubstep (Dope D.O.D, Orelsan, Youssoupha…) ?

: C’est cool, on verra comment évoluera le dubstep, c’est tout jeune.
Est-ce que nous avons vraiment réfléchi « ouais on va faire un son dubstep » ? Je pense que c’est simplement le son qui s’y est prêté à ce moment là.
Ce qui est bien avec le rap, c’est que ça s’est toujours mélangé avec tous les genres de musique, on a tendance à penser que c’est une musique fermée mais ce n’est pas le cas.

B : Pour que ça soit agréable à l’écoute, il faut que l’instru laisse de la place au rappeur. Par exemple : Foreign Beggars le fait très bien.

Comment s’est passé votre résidence au Chantier des Francos ?

B : On a bien bossé même si on a encore des lacunes, Miscellaneous a une plus grande expérience de la scène que moi, notamment dans l’élaboration d’un live, ça a été l’occasion de me rendre compte que c’est n’est pas une chose aisée et donc que j’ai beaucoup de travail qui m’attend de coté là.

M Ce qui est facile pour moi, c’est que je connais mes morceaux, on décide musicalement des changements que l’on veut apporter mais tout ce qui a attrait à la technique au niveau du son c’est son boulot. C’est le côté cool pour les chanteurs.

Pour l’instant, vous expérimentez pour le live ?

M On a eu l’occasion d’essayer avec deux publics différents, on a pu changer quelques trucs pour voir si ça marche ou pas, on verra sur le prochain set. Pour l’instant on teste et voit comment les gens réagissent, ça dépend où tu joues et avec quel public. Actuellement, nous avons juste deux EPs et ce sont les premières instrus de Bankal donc on n’a pas encore notre live d’une heure comme on le souhaiterait, ça va se faire petit à petit et on finira par l’avoir.

Vos derniers coups de cœurs musicaux ?

B : Toute la clique de Kendrick Lamar et Schoolboy Q. Tout est le monde est dessus mais ça se comprend.

M La bande de Tyler (ndlr : OFWGKA), je trouve bien marrant ce rap un peu barré. J’aime beaucoup certains artistes de la scène battle américaine, canadienne et anglaise. Dans le lot il y en a vraiment qui savent bien rapper en dehors des battles.

Pour finir, Ketchup ou Mayo ?

M : À chaque fois qu’on va manger un burger en bas de chez Bankal, on demande toujours un pot ketchup et un pot mayo mais je suis plus ketchup même si parfois j’ai des phases mayo.

B : Ne pas mélanger, je te dirais mayo parce que tu peux la faire tout seul alors que faire du ketchup ce n’est pas évident.

Retrouvez les EPs de Chill Bump (dont le 3e « Hidden String » récemment sorti) sur leur site et leur Bandcamp. Ils seront également sur scène vendredi 29 juin à l’occasion de la cinquième édition du Potager Électronique de Tours. Foncez-y et racontez nous, d’autant plus que c’est gratuit.

Merci à Pierre, Alban, Nico et Netta.

  • Talam

    Merci pour cette agréable interview de qualité !