Les 9 et 10 juin se tenait la première édition de Parizone@Dream. Un festival sur l’art numérique qui avait lieu au cœur de Paris, dans le bunker technologique qu’est la Gaité Lyrique. Exposition, concerts, projections, conférences, jeux vidéos, étaient au programme.

Sommaire

L’EXPOSITION

L’exposition se déroulait sur deux étages de la Gaité Lyrique. Au 1er étage, un caisson rappelant les photomatons laisse filer quelques notes de musique. Let’s dance, c’est le nom de cette machine à danser. Il suffit de rentrer, de bouger au rythme de la musique, puis une fois la session terminée de regarder le patchwork de vidéos prises et retransmises en direct.

Plus loin, c’est une drôle de mélodie qui se fait entendre. Tamisée dans l’obscurité une meute de lapins nous regarde et clignote de toutes les couleurs. C’est le Nabaz’Mob, un orchestre de Nabaztag. On trouve aussi un scooter électrique qui pourrait bien être tout droit sorti de Tron, projeté ce soir là. Il s’agit de la monture du Blue Rider de passage à Paris.

À l’étage supérieur, on trouve une plante d’un nouveau genre : le Phonofolium. Sa particularité est d’émettre des sons lorsque l’on caresse son feuillage. À proximité, quelqu’un a recouvert un bout de mur d’un graffiti quelque peu spécial. Animé, Urban Spirit est habituellement projeté sur les murs des villes la nuit.

On se détourne rapidement de ces pièces pour nous diriger vers des boules suspendues en l’air à un peu plus d’un mètre du sol. Dans une du sucre, dans une autre du sable et dans les suivantes encore d’autres choses. Chacun met un casque sur ses oreilles, prend la boule en face de lui dans ses mains et écoute. On entend le son provenant de sa boule et de celle des autres. Ainsi Stétosphères fait naitre une douce cacophonie qui peut vite se transformer en mélodie.

Puis c’est au tour de l’installation peut-être la plus difficile à appréhender : Boréal. Une webcam, un écran empli d’étoile et une intelligence artificielle qui réagit à notre présence en modifiant l’aspect de ce ciel étoilé. Un geste trop brusque provoque la colère de Boréal, un torrent de pixels blancs envahi alors l’écran, ou au contraire des mouvements lents et réfléchis apporteront un vent de zénitude dans ce cosmos virtuel.

À l’extérieur, dans le square Émile-Chautemps, Urban Musical Game concurrence la finale dame de Roland Garros. Sur un petit terrain de sport improvisé et entouré d’enceintes, on a la possibilité de jouer à des jeux avec ballons que l’on connaît bien, mais où le son apporte une dimension musicale. Des capteurs présents dans ces balles permettent à un ordinateur de savoir à tout moment s’il y a un mouvement ou non. Cette expérience sonore permet d’appréhender différemment un sport collectif.

QUESTIONS À HUGO VERLINDE, BORÉAL

www.hugoverlinde.net

Pouvez-vous  nous parler de votre œuvre Boréal ?

Boréal est une œuvre générative et interactive, représentant des états du ciel. Au départ l’œuvre manifeste un état du ciel que j’appelle l’état de ciel étoilé, donc simplement des points de lumières dans l’espace, on peut reconnaitre quelque chose qui ressemble à des constellations par exemple, voire des images de voies lactées. Quand on est inactif face à cette pièce elle n’est pas sollicitée. En revanche quand on l’a sollicite de la bonne façon, j’expliquerais après la mauvaise façon, elle se transforme en état que j’appelle Boréal, c’est la couleur qui tombe du ciel, elle manifeste sont intérêt pour nous. Elle considère que l’on est dans une relation délicate avec elle, à ce moment là elle se déleste de son énergie qu’elle déverse par l’image vers nous (notre direction) et on peut être réellement longtemps dans cet état là, d’état Boréal. Et puis il y a un autre seuil, quand elle est trop sollicitée donc trop excitée, elle se met dans un autre état que j’appelle l’état d’orage magnétique et là elle nous chasse (une espèce de pluie de particules blanches qui va à toute vitesse qui tombe du ciel). Elle nous dit que c’est pas du tout ça. C’est en tâtonnant et en expérimentant cette pièce, mais pas en deux minutes, en prenant plusieurs fois le temps d’y aller, en regardant un peu la façon dont les autres y vont qu’on comprend l’intention de la pièce. Ce qui m’intéresse c’est qu’il y a quelques fois des gens frustrés parce qu’ils vont la voir dans cet état de rage magnétique qui peut durer un certain temps, elle n’est pas du tout dans la relation, pas du tout dans l’interactivité mais en réalité ces mêmes personnes s’ils repassent un peu plus tard vont se rendre compte que c’est plus complexe que ça, qu’elle est traversée par des états. Elle a ses états d’humeur, il s’agit vraiment de la solliciter « correctement » et ce « correctement » il est vraiment à trouver par soi même.

Mais comment ça fonctionne ?

La base de ces œuvres, c’est ce qu’on appelle la génération des images en temps réel, c’est un des aspects forts de ce type d’œuvre.
Dans un premier temps, j’ai défini plusieurs états de la pièce en mode génératif  puis ces états ont eux même des sous-états, c’est-à-dire qu’il y a plein de multiples de ces différents états : Boréal, ciel étoilé, orage magnétique.
Après il faut gérer l’interactivité avec le public, c’est la deuxième partie du travail, quand on a défini les états en mode génératif, on va définir le type de relation qu’on va entretenir avec le public.

C’est une œuvre parmi tant d’autres pour vous ?

Oui, il y en a beaucoup qui fonctionnent sur ce principe du temps réel, j’apprécie beaucoup de développer ces installations à la fois générative et interactive. Au CUBE, on a un terme qu’on utilise assez souvent c’est le terme de living art. Les œuvres sont vivantes car elles sont dans des lieux de vie. Ça peut être un lieu d’exposition ou bien la ville, c’est à mon sens la dimension forte de ces œuvres, je crois qu’elles vont investir des lieux de diffusions publics.

Que pensez-vous de l’essor de l’art numérique ?

On est clairement sur une vague (numérique), moi je l’ai senti grossir et venir, les expos se multiplient, les pouvoirs publics s’y intéressent de près. Ce n’est pas uniquement le milieu de l’art, c’est évident de le dire mais, on est devenu dans une société qui totalement numérique. On est dans cette culture là, dans cette modernité, au niveau de la technique et au niveau de la création artistique, c’est passionnant. Il n’y en a pas forcément beaucoup dans l’histoire de l’art des mouvements où on sent un boum à la fois technique et en même temps un besoin de s’exprimer au travers de ce médium là. Pour moi  le challenge, c’est d’arriver à voir ce que porte ce médium qu’est l’ordinateur. Est-ce qu’il y a un langage qui est en gestation avec ces œuvres dites numériques ? Je le pense vraiment, quand on commence énoncer ces mots : d’œuvres génératives, d’œuvres interactives, d’œuvres vivantes en relation avec un public très ouvert, pas juste le public de l’art contemporain. On est déjà sur des options fortes pour moi, de cet art. Il est largement en cours en développement c’est-à-dire que je pense que d’ici 10 ou 20 ans, on sera encore en train de le développer et de le perfectionner.

Concernant votre travail, ça passe par la programmation avec un langage style Puredata ?

Moi c’est en C++. Le point de départ est plus dans le sentiment que j’ai eu face à ces images là, ça me fait penser à un ciel, à un espace qui était vivant et conscient. J’ai beaucoup plus était fasciné par la portée poétique de ces images générées par ordinateur que par leur nouveauté technique, finalement l’art est au croisement de la manière dont on exploite un médium, une technique et un langage, mais c’est aussi de quelle manière un artiste peut exprimer son univers. C’est au croisement de ces deux choses-là, qu’il y a quelque chose dans lequel on peut se reconnaitre en tant qu’artiste et qu’on peut réellement parler au public.

Est-ce que l’œuvre va voyager ?

Celle-ci a été achetée par un hôpital à Annecy, dans un service de réanimation, les patients vont se réveillés et en fonction de leur relation avec cette pièce ainsi que de le désir de l’expérimenter, celle-ci va réagir. Elle a presque dans l’idéal une vertu thérapeutique. Le patient va voir qu’elle réagit lorsque le personnel médical passe ou qu’il y a de la famille et lui aussi aura le désir de l’expérimenter. Cette expérience dans un hôpital, ça rejoint bien ce que je disais, ces œuvres ont une portée forte. Elles sortent des lieux confinés de l’art contemporain, c’est dans une relation ouverte au public au sens large qu’elles sont puissantes.Ce que je trouve intéressant c’est qu’il y a des gens qui pensent l’avoir compris en deux minutes, alors qu’ils sont complètement passés à côté. La fréquenter 10 ou 15 fois sur une durée allant de deux semaines à pourquoi pas une année, là ça commence à prendre plus de sens. On commence à vivre avec elle et comprendre qu’elle a effectivement des états d’humeur, même des caprices. En réalité elle nous perçoit , il y a quelque chose de très cohérent qui s’exprime, on n’en fait pas le tour comme on fait le tour d’une œuvre en passant dans un musée. Il y a des commandes de mairies pour avoir des œuvres pérennes dans l’espace public donc on sent bien que ce sentiment qu’on partage nous en tant qu’artiste numérique sur le fait qu’il y a vraiment un langage qui est en train se développer aujourd’hui dans l’art numérique n’est pas partagé par que par nous, ça c’est ressenti de par un public de plus en plus large qui comprend aussi bien des responsables artistiques que des politiques et ce désir latent du grand public. Désormais on va de plus en plus vers une société où le numérique est présent comme une dimension quotidienne et poétique. Ca fait en réalité 50 ans qu’on parle d’un art par ordinateur donc j’ai l’impression qu’il y a une maturité qui s’est faite en 50 ans. Si la Gaité Lyrique en tant que structure existe ce n’est pas rien, si on est invité à tour de bras en tant qu’artiste numérique ce n’est pas rien non plus et donc l’étape d’après c’est de diffuser encore plus cet art mais à l’échelle vraiment du grand public, pour moi ça reste une ligne d’horizon.

Le mot de la fin ?

Ce qui me plait avec ces œuvres là, c’est qu’il n’y a pas besoin de lire le sous-titre du cartel pour l’explication d’un critique pour comprendre de quoi il s’agit, il faut vivre avec ces œuvres. Voilà du living art à vivre et à ressentir.

QUESTIONS À BENJAMIN, URBAN MUSICAL GAME

www.urbanmusicalgame.net

Peux-tu nous présenter Urban Musical Game ?

Urban Musical Game est un projet de l’IRCAM, Phonotonic et NoDesign. C’est une application de certaines recherches développées à l’IRCAM, notamment par l’équipe IMTR (Interaction Musique Temps Réel), ils ont développé des capteurs et des logiciels de reconnaissance de gestes, l’idée était de les mettre dans des ballons et d’organiser des jeux autour de ça. On peut savoir quand la balle est en l’air, quand on dribble et se la passe. À partir ces données-là, on va contrôler la musique et des sons pour créer différents types de jeux.

Quels sont les différents jeux ?

Il y a quatre jeux, on commence généralement par le volley, à chaque fois dans les jeux il y a la sonification : des sons agissent suite au mouvement de la balle donc typiquement les sons d’impacts, par-dessus il y a l’interaction avec les boucles. Dans le jeu de volley, plus la balle reste en l’air plus les boucles vont évoluées et on passe doucement d’un univers sonore à un autre, on n’a pas un gros contrôle sur les boucles musicales, l’idée c’est plus d’appréhender la façon dont la balle fonctionne.
Après on a la bombe, un jeu très simple, où je lance la balle assez haut pour démarrer le jeu.. Le temps de montée de la bombe est choisi de manière aléatoire et varie en fonction des mouvements de la balle, si je la garde immobile dans mes mains, la bombe va accéléré et aura tendance à exploser plus rapidement donc c’est pour inciter les gens à se passer la balle.Si je la reçois à la dernière minute, je peux la faire tourner sur elle-même pour avoir le temps de refaire une passe avant qu’elle m’explose dans la main. En même temps à chaque fois on a des surprises de quand elle explose. Elle attend d’atterrir dans les mains pour exploser, elle ne va pas exploser en l’air, il y a cet effet de synchronisme : je reçois la balle et boum !
Voilà tu donnes ça à des enfants, il y a des fois c’est dur de les faire partir, deux heures plus tard, ils reviennent et te disent « on veut jouer à la bombe ».
Ensuite il y a les jeux musicaux, là on joue avec trois balles. Chaque balle représente un instrument musical,  le contrôle essentiel est l’intensité du mouvement que je mets dans la balle, intensité qui va contrôler l’intensité sonore de la boucle donc ça me permet de faire juste certaines notes de la boucle. L’idée est de faire jouer les gens ensembles, on a un contrôle sur la musique, celle-ci sera toujours en rythme. Ça permet assez facilement de jouer un peu de musique ensemble, on a plusieurs présets musicaux et plusieurs styles de musiques.
Pour finir, on a le jeu de basket, où là c’est plus le sport qui va être accompagné par la musique, généralement on fait un trois contre trois. Chaque équipe a un univers sonore que l’on va entendre quand l’équipe marque un point.
À chaque panier, on entend un peu plus l’univers sonore, au début on a juste quelques éléments des boucles, pendant le jeu on a toujours la sonification.
Ce qui change selon les jeux c’est le contrôle du contenu musical. Le jeu se dynamise au fur et à mesure, on rajoute de la pulsation, les gens se retrouvent plus pris au jeu, excités par la musique donc jouent plus fort et plus vite tout en marquant plus de points. Souvent à la fin de la partie, les gens se retrouvent pris dans le jeu sans même avoir eu envie de jouer au début, c’est assez marrant comme phénomène.

Sais-tu si d’autres jeux sont en développement  ?

Non, pour l’instant, on n’a pas eu le temps de développer d’autres choses. Autour d’Urban Musical Game, il y a très peu de communication qui est faite sur le projet. Il y aura surement des développements futurs, maintenant qu’on a fait tourné on a eu pas mal de retour ça donne des idées pour des améliorations et de nouveaux jeux, de nouvelles façons de faire interagir.

Comment  fonctionne Urban Musical Game ?

C’est simple, les balles contiennent des capteurs sur lesquels il y a trois accéléromètres (accélération selon les trois axes) et trois gyroscopes (trois axes), les données sont envoyées sans fil vers les bornes donc c’est sur les mêmes canaux que le wifi.Tout ça arrive dans l’ordinateur et c’est traité par Max/MSP, qui fait l’analyse des capteurs et gère en même temps les sons.

Vous avez mis combien de temps à développer ce projet ?

La technologie derrière UMG a été développée à l’IRCAM, je ne sais pas exactement combien de temps ça a pris. Je crois que l’idée a été initiée fin 2010, l’année dernière début janvier on a commencé à travailler dessus. Le projet a été présenté pour la première fois en juin 2011 lors du festival Futur en Seine, auparavant ça avait tourné sur la place Stravinsky devant l’IRCAM.
Il n’y a pas beaucoup de communication qui est faite autour, ça a été présenté dans différents festivals, notamment au Printemps des Arts à Monaco.

Aujourd’hui, as-tu eu de bons retours par rapport à l’animation ?

Oui, on a eu de bons retours sur les autres évènements où on a présenté le projet. Aujourd’hui ça a pris du temps à démarrer à cause la pluie et des problèmes liés au wifi, la réception des données des capteurs est un moins fluide. Pour les derniers jeux ça se passait bien mais quelques fois dans les journées on a du arrêter à cause des interférences.

LA SOIRÉE

La soirée de Parizone@Dream mettait à l’honneur le label Record Makers (Sebastien Tellier, Club des loosers, Acid Washed) avec les lives de Turzi Electronique Experience et Hypnolove.
Turzi a ouvert le bal avec son Electronique Experience. Un voyage hypnotique dans lequel les nappes de synthés sont nos sièges. Puis ce fut au tour d’Hypnolove qui à coup d’electro groovy a fait danser la grande salle de la Gaité Lyrique. On a été recueillir quelques réactions à la sortie de la salle.

Tout d’abord auprès d’un couple assis par terre, bière à la main (nous n’avons pas les prénoms).

John Doe : Les visuels étaient pas mal. Avec du LSD le live aurait été mieux, Turzi est très était rock’n’roll.
Jane Doe : Il y avait des mauvais enchainements, je ne les ai pas trouvé fou sinon ça faisait très année 80-90, c’est marrant de le voir mixer avec de la vodka. Musicalement c’est planant et cool à écouter.
Je trouve qu’il aurait du mieux utiliser la salle, parce que l’année dernière la Gaité Lyrique avait fait évènement avec des écrans partout dans le cube. Et les gens qui parlent c’est chiant !

On rencontre ensuite Julia et Paul, deux  jeunes encore bien retournés par le live de Turzi.

Paul : Concernant Turzi, franchement c’était un des meilleurs concerts que j’ai vu, le mec est tout seul et envoie la patate. Hypnolove, je suis dégouté de la façon dont est partie le groupe, les mecs se la pètent légèrement  mais jouent vraiment bien.
Julia : J’avais vu hier Turzi avec Code Napoléon (ndlr : groupe dont fait parti Turzi), quand il est tout seul sur scène je le trouve encore mieux, c’était dément.

Puis avant de partir, on interroge Laëtitia et Axel qui étaient là avec deux autres de leurs amis.

Laëtitia : Turzi par rapport à d’habitude c’était mou, hyper ambiant, mais il n’y a jamais un moment où ça décolle par rapport au CD. Les visuels de Turzi étaient à chier, les visuels du CD ou Pan European sont beaucoup mieux.
Axel : En fait, on écoutait et quelque part on aimait bien mais au bout d’un moment on s’est dit qu’il manquait quelque chose. Je me suis demandé qu’est qui lui faisait faire ça, dans quel sens il kiffe ce qu’il est en train de faire et là, j’ai compris en roulant un gros bédo. C’était ça la solution.
Pour Hypnolove on a pris une leçon de motion graphic et eux savent ce qu’ils font, on aime ou on n’aime pas, ils sont dans leur monde tout en étant charmants. On était là comme au cinéma, en même temps en train de bouger, je ne suis pas forcément fan mais je trouve qu’ils sont bons.

Merci à Hugo Verlinde, Benjamin d’Urban Musical Game, nos deux inconnus, Paul, Julia, Laëticia et Axel d’avoir pris de leurs temps pour nous répondre.
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