C’est lors de leur venue à Paris, dans le cadre du MaMa Festival, que nous avons rencontré les deux membres de Christine peu avant qu’ils montent sur scène pour percuter les oreilles du public parisien avec la calandre de leur Plymouth Fury.

Avec toutes les références que nous envoie Christine a travers le nom du groupe et leur live, on a voulu tester leurs connaissance en matière de cinema. On leur distribue des petites fiches, au recto un film dont le nom est masqué, au verso une question. Plutôt axé vers des films des années 80, on demande à Aeon Seven et Kunst Throw de deviner chaque film et de répondre à nos questions.

Kunst Throw : Bon bah voilà, Christine !

Pourquoi avoir choisi d’utiliser le titre de ce film comme nom de groupe alors, qu’à l’heure d’Internet, c’est un pari risqué d’avoir un nom « banal » ? « Christine » se noie plus facilement dans la masse qu’un « Gesaffelstein » par exemple.

Aeon Seven : Parce que c’est plus facile à dire que « Gesaffelstein ».

K.T. : C’est le principe. Avec Christine on voulait une référence par rapport au film. Pour nous ça défini un univers, une ambiance, un état d’esprit qu’on aime bien, etc. On voulait un truc simple parce que “Gesaffelstein” pour moi, perso, il a fallut que je le lise au moins 15 fois avant de réussir à le dire, c’est pas hyper vendeur. Après si ça marche tu t’en fous que ton nom le soit, mais pour arriver à se faire connaître un peu c’est plus facile quand il est simple. Et puis c’était aussi pour ne pas tomber dans des énièmes noms de groupes genre « Washing Machine », tu vois les trucs electro à la con. C’était pour prendre à contre pied le truc, faire quelque chose de simple avec nos propres références.

K.T. : RO-BO-COP, j’adorais ce film.

Vous dites aussi avoir choisis le nom « Christine » par rapport au film de John Carpenter qui évoque la relation entre l’homme et la machine. Êtes-vous pareils avec vos platines et laptops ?

K.T. : Ouais ! Tout à fait. On passe tout notre temps derrière nos ordis, nos machines, c’est un boulot de dingue.

A.S. : C’est dur de décrocher de ce rapport obsessionnel avec les machines de temps en temps, c’est vrai que ce n’est pas simple.

K.T. : Ça ne facilite pas la vie sociale, ni la vie personnelle, ça créé des problèmes.

A.S. : C’est toi ET tes machines (rires).

K.T. : Ah ben ça c’est notre nouveau nom de morceau.

A.S. : C’est de Spielberg, c’est Duel !

K.T. : C’est Duel, c’est ça.

Comment se passe le processus de création à deux ?

K.T. : Le titre du film représente bien le projet, il y a une complémentarité entre nous deux.

A.S. : Et des fois il y a des inconvénients dans le sens ou il y en a un qui veut faire passer son idée et l’autre n’est pas d’accord. Il faut un compromis à un moment donné mais en général c’est toujours mieux d’être à deux parce que deux avis positifs sur une idée, c’est doublement mieux.

K.T. : Si il y en a un qui doute et que l’autre n’est pas sur on va partir du principe qu’on est sur la mauvaise voie.

A.S. : Mais si les deux confirment que ça défonce, alors c’est qu’on est bons.

K.T. : Fast And Furious. Alors je ne sais pas si c’est le un, le trois, le cinq, le six.

A.S. : Pour le coup ça c’est pas trop notre came, on aime vraiment ce qui est vintage.

K.T. : Bon après moi je ne dis pas, je l’ai vu.

A.S. : Mais ça ne s’inscrit pas vraiment dans ce qu’on aime.

Votre musique est rapide et nerveuse. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

K.T. : On voulait un truc dansant. D’ailleurs nous à la base on ne vient pas du tout de l’electro, de la techno. On venait plutôt du hip-hop, du rock, des formats qui ne sont pas forcement dansants.

A.S. : Ce n’est pas forcement aussi accessibles que tout ce qui est dancefloor et electro. Les choses samplés, Dj Shadow, par exemple, c’est un peu plus pointus on va dire, ce n’est pas spécialement accessibles pour tous. On voulait vraiment synthétiser tout ça et en faire quelque chose de beaucoup plus abordable.

K.T. : Et puis, nerveux et dansant quoi. C’est un peu le but de nos concerts. On veut que les gens s’éclatent, il y a une sorte d’exutoire. Peut être que quand on sera à la retraite on jouera à 20h et on fera du folk.

A.S. : Retour…

K.T. : … Vers Le Futur.

A.S. : J’ai bien aimé quand j’étais gamin, avec la DeLorean.

Vous avez publiés bon nombre de remixes et fais beaucoup de dates avant de sortir votre premier EP « Fucking Youth ». Pourquoi tant de temps ?

A.S. : On attendait de tomber sur le bon label. Il y a eu des propositions entre temps mais c’était soit trop commercial, soit trop underground. On ne voulait pas se presser et faire n’importe quoi. Là on a trouvé le bon label qui va vraiment faire ce qu’il faut pour nous développer et coller vraiment à ce que l’on souhaite.

K.T. : On veut garder notre liberté artistique. On a forcement besoin d’un petit peu de moyen pour concrétiser nos envies, nos idées et là on a trouvé le bon.

A.S. : Les Goonies !

K.T. : J’aimais bien au départ mais ma petite soeur m’a tellement saoulé en le regardant en boucle à la maison. Il a du tourner 500 fois en VHS, à la fin je ne pouvais plus le voir. C’est un chouette film quand même.

Votre musique à 200km/h fait crisser les baskets des kids en live. C’est une volonté de toucher ce public ou ça s’est fait naturellement ? On peut y trouver un rapport avec le titre de l’EP « Fucking Youth » ?

K.T. : Les kids c’est eux qui remplissent une salle, qui mettent l’ambiance. C’est les gamins qui sont à fond, qui achètent les disques, qui sont fans. C’est eux les groupies.

A.S. : Ils n’ont peut-être pas trop d’argent pour acheter des disques mais effectivement, pour tout le reste, ouais. En tout cas c’est eux qui mettent le feu et qui sont devant avec les mains en l’air.

K.T. : C’est une partie du public indispensable. Si il n’y a pas de kids qui viennent s’éclater, tu n’as pas trop d’ambiance. Ce sont ne sont pas les seuls auditeurs, on ne veut pas toucher qu’eux mais ils sont importants. Par rapport à Fucking Youth, effectivement ce titre c’est un peu « putain de jeunesse », « putains de jeunes décérébrés ». C’est cool, ils sont motivés et tout mais bon, faut qu’ils essayent d’être un peu plus ouvert, cultivés. Il y a Internet, des outils quand même assez sympas qu’on avait pas lorsqu’on était jeune. Il ne faut pas qu’ils soient juste des putains de jeunes, même si on a besoin d’eux.

K.T. : Alors ça attends, je sais très bien ce que c’est ça. C’est… merde ! C’est un Monthy Python non ?

A.S. :

K.T. : On a un petit doute là. Je ne sais plus trop. C’est un film des années 50/60 je crois. J’ai déjà vu l’affiche mais je ne l’ai jamais vu.

Dans votre live vous projetez des extraits de films. Une scénographie soignée, c’est important selon vous ?

K.T. : C’est important. On voulait créer un univers. Dans le live, la vidéo est venue plus tard.

A.S. : C’est venu plus tard car on a voulu offrir plus que deux mecs avec des platines. On a tout fait nous même. Ce que l’on peut voir aujourd’hui n’est pas spécialement un truc fini, c’est en cours d’amélioration. Ce que l’on propose n’est pas encore abouti, c’est des montages de vieux films qu’on a fait chez nous vite fait pour avoir quelque chose. Ce n’est pas réfléchi avec minutie mais on propose quelque chose qui nous plait.

K.T. : C’est dans l’esprit de créer un vrai univers, un vrai live.

A.S. : Si je dis ça c’est parce que ça a été fait par nous même. Si ça avait été fait par des professionnels, je minimiserais moins. D’ailleurs on aimerait trouver quelqu’un par la suite qui puisse s’occuper de ça pour nous et qu’on ai que la musique a faire.

K.T. : C’est la prochaine étape.

K.T. : On va continuer dans ce sens là mais on voudrait avoir quelque chose de plus carré, professionnel, avec des gens qui le gèrent parce qu’on ne peut pas tout faire et, effectivement, on veut se concentrer sur la musique.

A.S. : Le Grand Détournement.

K.T. : J’allais le dire ouais.

A.S. : Mais le film c’est celui avec tous les extraits de films reconstitué. Il ne s’appelle pas “Le Grand Détournement” justement ? On l’a vu. Chabat fait des voix dedans d’ailleurs, non ?

K.T. : C’est juste « Le Grand Détournement » que j’ai retenu.

A.S. : En tout cas, on le connaît et on trouve ça mortel.

Le cinéma est-il une réelle source d’inspiration ou juste de l’illustration pour votre musique ?

A.S. : À la fois oui et à la fois non. Notre musique est inspirée par d’autres musiques. Après, l’image est quand même importante pour nous.

K.T. : C’est plus des bandes originales qui vont nous inspirer. Les BO de Carpenter, de Kubrick ou plus récemment celles qu’a pu faire Tarantino.

A.S. : Enfin Tarantino il reprend des vieux trucs.

K.T. : Mais dans l’émotion que ça transpose.

A.S. : On aime bien confronter les images de la musique même si elles ne correspondent pas forcément au morceau joué sur le moment. C’est intéressant, ça créé une rupture au niveau du sens du son et de son illustration.

A.S. : Stanley Kubrick, Clockwork Orange, 1972.

K.T. : Premier film qui m’a traumatisé à 14 ans.

Vos morceaux et remixes sont restés pas mal de temps disponibles sur votre Soundcloud, en téléchargement gratuit pour la plupart. Vous pensez que cette plateforme peut être un tremplin ? Pourquoi en avoir finalement retiré une bonne partie ?

K.T. : Soundcloud c’est vachement bien.

A.S. : C’est une interface vraiment ergonomique.

K.T. : Je crois qu’ils ont éclaté MySpace. C’est pratique, ça fonctionne super bien, il n’y a rien à dire. À part le fait que plus tu t’en sers, plus tu paye.

A.S. : Mais c’est légitime. Quand on met des outils aussi sympas à disposition il faut bien être payé au bout d’un moment.

K.T. : On a retiré pas mal de démos de nos premiers titres parce qu’ils vont bientôt ressortir, être remixés, réarrangés etc. Seuls la plupart de nos remixes restent disponibles. Si on pouvait tout mettre en téléchargement gratuit on le ferait mais avec les contrats, on ne peux pas se le permettre.

A.S. : Drive.

K.T. : Qui était très cool. Bon film, belle BO.

A.S. : J’étais un peu déçu au niveau des dialogues mais apparemment c’était l’idée du film.

K.T. : Un peu contemplatif, on aime ou on aime pas.

A.S. : C’était un petit peu mou mais esthétiquement c’est bien.

Votre musique pourrait accompagner parfaitement une scène de course poursuite bien musclée. Vous seriez intéressé pour faire des BO ?

K.T. : Evidemment, à mort.

A.S. : Ouais ça serait intéressant même si je n’ai pas envie que ça ne se résume qu’à ça parce qu’on a beaucoup d’autres choses à proposer dans le projet Christine mais oui, pourquoi pas se faire au moins une BO.

K.T. : Se retrouver sur la BO d’un film comme ça c’est un peu la classe, ça lance un peu ta carrière. Kavinsky avait déjà un bon parcours avant. Ce film l’a révélé mondialement.

A.S. : Jusqu’à ce qu’il fasse les Francofolies (rires).

A.S. : Kill Bill !

Vous jouez un peu à l’étranger (Canada, Espagne). Comment se passe une date hors de l’hexagone ?

K.T. : Généralement bien.

A.S. : Souvent mieux parce que « nul n’est prophète en son pays ». Effectivement quand nous, petits français, arrivons à Montréal ou même en Suisse, on est vraiment super bien reçus. En général à l’étranger ce sont de gros dispositifs qui nous attendent.

K.T. : J’ai l’impression que plus tu vas loin, mieux tu es reçu. On a pas non plus une expérience de fou.

A.S. : Si les organisateurs dépensent beaucoup d’argent pour te faire venir ils en ont aussi pour bien te recevoir. Mais ça ne veut pas dire qu’à Besançon ou Macon on est mal accueilli.

K.T. : Mad Max.

Votre film de voiture favoris ?

A.S. : C’est le haut de l’iceberg. Parce que nous justement il y a un tas de films de cinémas bis qu’on aime. Ça pour le public c’est le film le plus connu mais derrière ce genre il y en a beaucoup plus, genre Vanishing Point ou Junk Man.

K.T. : Il y en a toute une série, dont celle des grande casses aux Etats-Unis, fin 70 à fin 80. C’était la débandade de bagnoles explosées dans tous les sens, c’était assez cool. Mais le premier Mad Max reste un road movie de folie avec des plans de dingues.

A.S. : On va dire que c’est un de nos films favoris.

K.T. : Ouais je pense qu’au niveau road movie ça reste une putain de référence.

K.T. : Blade Runner.

A.S. : Je l’ai chez moi en DVD deluxe parce que c’est aussi une grosse référence.

Les projets futurs ?

A.S. : On a des EPs qui vont sortir successivement en décembre et février.

K.T. : Si on tient les délais : décembre, février et mai/juin. Trois EPs à suivre si tout va bien et en vinyle cette fois.

A.S. : Le premier est sorti en digital car il fallait bien pondre quelque chose et on avait pas encore tous les moyens nécessaires à notre disposition.

K.T. : On avait commencé à le sortir en auto-prod, gratuitement, avant de rencontrer le label. Une fois signé, il y a eu une pochette et un mixage en studio qui ont été faits pour le sortir officiellement. Autre projet futur, on prévoit un nouveau live pour l’été 2013 avec de nouveaux morceaux, visuels, scénographie ainsi qu’un show lumière.

A.S. : Quelque chose de plus étoffé, de plus professionnel.

K.T. : Super Size Me. Malgré tout, ce film ne m’a jamais dégoûté du McDo.

Ketchup ou Mayo ?

A.S. : Rien pour moi.

K.T. : Mayo, définitivement.

L’EP Fucking Youth est en écoute ci-dessous et disponible en téléchargement sur le site de Christine.