« Je pense que quelqu’un qui est crédible c’est quelqu’un qui reste lui-même ». Pumpkin, rappeuse indé, nous parle de son EP, de ses rencontres, de son rap.

Pumpkin rappeuse française au style atypique, tu a sorti un EP en novembre 2012 qui s’intitule « Silence Radio », avant ça y avait eu pas mal de projet dont un album « L’année en décembre » en 2009, est-ce que tu considères ton dernier EP comme un de tes projets le plus abouti ?

Tout à fait !

Abouti d’un point de vue musical ?

En fait je dirai pas plus abouti musicalement, ou artistiquement parce que je trouve qu’il y avait un bel univers et beaucoup de travail sur mon premier album, par contre c’est plus abouti dans tout ce qui est à côté de l’EP, qui n’a rien à voir avec la musique. Dans les manières de défendre le projet, dans la communication et la promotion de cet EP, et aussi au niveau de la distribution, le premier album n’était pas distibué officiellement, là on a une vraie distribution et ça change beaucoup de choses ! Plus abouti aussi parce qu’il est vendu sur trois supports, en CD, en vinyle, et en digital. Donc on était beaucoup plus présent sur la façon de défendre le projet !

D’accord, tout au long de l’album tu revendiques ton côté indépendant, je te cite : « Artiste libre, je vibre en indé. » tu dis également : « Je bosse et je vends mes disques en plus », comment tu arrives à concilier ta vie professionnelle et ta vie artistique ? Est-ce que c’est difficile pour toi ?

Alors c’est très difficile, par contre je tiens à préciser qu’entre le moment où j’ai écrit le morceau et aujourd’hui je me suis retrouvée au chômage en fait. Comme tu dis, c’est vrai que je mets beaucoup en avant ce côté là parce que c’est ce que je vis ! Le fait de travailler et de faire de la musique en plus, j’essaie de le faire du mieux possible en fait. Faire de la musique pour s’amuser tout en travaillant y a plein de gens qui le font, mais essayer de faire de la musique à un niveau qui commence à être intéressant en indé et en auto-production ça demande énormément d’énergie, c’est vrai que c’est pas simple. Après, je me suis retrouvée au chômage au mois de juin 2012, et c’était en plein dans l’écriture de mon EP, beaucoup de morceaux ont d’ailleurs été écrits sur mon lieu de travail, un magasin de vêtement dans lequel j’étais la seule responsable. C’était un avantage, je pouvais organiser mes journées comme je voulais, et j’avais beaucoup de temps libre. Puis après, j’ai profité de mon chômage pour vraiment profiter du temps que j’avais, parce que le temps ça devient un luxe ! Je me suis mise à fond dans mon projet parce que j’avais l’opportunité de pas avoir de boulot, je pense que ça aurait été difficile d’avoir un projet aussi abouti si, au mois de juin, je ne m’étais pas retrouvée au chômage, j’aurais pas pu investir autant d’énergie, et autant de temps…

… ça a été un mal pour un bien !

Ouais carrément, et à aucun moment ça m’a fait chier de me retrouver au chômage, je me suis juste dit que c’était une opportunité. Ce qui me fait flipper le plus c’est la routine, les changements j’aime bien ça.

Et est-ce que à long terme ton objectif serait de vivre de ta musique ?

En fait j’avance mais je me pose pas cette question, j’avance plus au jour le jour, enfin à court terme. La musique ça peut fonctionner sur un projet, 6 mois, un an, mais c’est un milieu dans lequel les choses retombent très vite, donc mes ambitions sont plus sur le court terme, et je suis hyper prudente et réaliste. Je sais très bien que si ça fonctionne c’est parce qu’on était bien organisés et qu’on a bien bossé, c’est pas de la chance. J’ai 32 piges, je sais pas jusqu’à quand je vais avoir l’énergie de faire ça avec la même intensité, je pense que ça va s’estomper à un moment, donc en fait je sais pas trop. En tout cas ce projet je le vis à fond et y en a d’autres qui arrivent derrière, et on verra comment on les défend. Par contre, l’idée c’est d’essayer de trouver une manière intelligente et plutôt cool de pouvoir gagner de l’argent et continuer à faire de la musique.

C’est surtout dans le morceau « Play » que tu revendiques ton indépendance, c’est un morceau où tu as collaboré avec 20syl dessus, c’est assez surprenant, étant donné la renommée du mec en ce moment, est-ce que tu peux nous expliquer comment s’est formée la collaboration ?

20syl, moi je le connais depuis plusieurs années, même si moi je sors de nulle part et que personne ne me connait, ça fait longtemps que je fais de la musique et 20syl aussi, bien sûr à un autre niveau. On est plus ou moins de la même génération, et en tant que fan j’écoutais Hocus Pocus, je faisais ma musique en même temps. Je l’ai connu sur myspace, à l’époque j’habitais à Barcelone, et j’étais dans un groupe de musique hip hop avec des instruments et on a participé à un festival de musique à Madrid, et dans ce festival il y avait Hocus Pocus, C2C, et plein d’autres groupes ! On se connaissait déjà avant sur internet et on s’est rencontré à cet endroit en vrai pour la première fois. Mais bon c’était un mec un peu timide, c’est pas forcément un grand parleur et moi à l’époque j’étais un peu réservée donc on s’est pas dit grand chose. Lui connaissait mon existence et moi j’ai toujours suivi ce qu’il faisait, et au moment de travailler sur cet EP, Silence Radio, j’ai tout simplement pensé à faire appel à lui pour une prod parce que ça faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête, il faisait partie des gens avec qui j’avais envie de collaborer. Je me suis dis qu’il fallait que je tente ma chance, je lui ai envoyé un mail, et il m’a répondu qu’il était partant ! En plus, tout ça s’est passé avant le triomphe de C2C, avant la sortie de leur EP, même s’ils commençaient à bosser dessus, ils étaient quand même moins pris à l’époque. Après, il m’a envoyé des sons, j’ai fait une sélection, et une fois que j’avais écrit mon texte, il m’a proposé de venir dans son studio à Nantes, j’y ai passé une journée et ça s’est super bien passé ! Il est vraiment hyper cool, c’est une des raisons pour lesquelles je kiffe faire de la musique : les rencontres avec les gens. Et là j’me suis retrouvée dans le studio de quelqu’un comme ça, j’suis un peu rentrée dans son monde, quand j’écoutais ses albums je l’imaginais travailler dans ce lieu, on l’avait tous vu avec ses vidéos de beatmaking live sur internet, et du coup c’était vraiment super d’y être en vrai ! Je me suis sentie privilégiée, il m’a bien aidée sur l’enregistrement, il avait plein d’idées, il avait même des idées de modifications de mon texte qui étaient pertinentes !

J’avais l’impression qu’il y avait des ressemblances entre ton flow et celui de 20syl justement …

… D’accord, oui il y a des gens qui trouvent, d’autres que non, moi je sais pas trop !

Est-ce que tu avais dans l’idée de rapper avec 20syl sur le morceau play ou tu avais juste envie d’une prod ?

En fait, justement c’est marrant parce que quand j’ai contacté 20syl pour la collaboration sa première question ça a été : « Tu veux une prod ou tu veux que je rappe ? » Et en réalité moi j’aurais kiffé les deux ! Mais, je sais pas je me suis dit que peut-être je n’avais le droit qu’à un seul choix ! Mais dans le morceau il dit quand même un phrase : « Qui sème le vent récolte le tempo. » Au moment d’enregistrer, je lui ai dit que ça serait vachement bien pour le clin d’oeil qu’il la dise avec moi. Il a pas rappé sur le morceau, mais ce serait cool de le faire un jour !

Tu clâmes ouvertement ton intérêt pour Mc Solaar, tu le décris comme une source d’inspiration, est-ce qu’aujourd’hui tu es toujours aussi friande de rap français que dans les années 90, et quels sont les artistes que tu écoutes ?

Alors, je suis un peu en train de découvrir ou de redécouvrir des artistes, je trouve que depuis quelques années y a une forme de renouveau. Mais pendant de nombreuses années j’étais à Barcelone, et pendant ce temps j’ai quasiment été presque hermétique à tout ce qu’il se faisait en France, c’était une époque où je découvrais des projets américains. Je suis rentrée en France un peu au moment où il y a eu ce regain dans le rap sur la scène indépendante. Qu’est-ce que j’aime bien ? Y a des trucs dernièrement que j’ai découvert genre Nemir ! Je trouve que en tant que personne c’est un mec hyper rafraichissant, enfin je le connais pas personnellement. Un mec sincère, entier, drôle, un côté je m’en bats les couilles et il a l’air d’avoir une super énergie. Il fait partie aussi des Inouïs du Printemps de Bourges, donc on va se retrouver là-bas ! Donc après y a d’autre truc, je peux citer les potes comme Tchad Unpoe qui vient de Toulouse, après y a Gaël Faye qui vient de sortir son album, Milk Coffee and Sugar ce sont des mecs hyper sympas ! Je les respectent vachement parce qu’ils ont crée leur structure et ils avancent coûte que coûte, c’est des bosseurs et ils avancent avec un très bon esprit, ils incluent les gens autour d’eux, ils partagent, ils font chier personne. C’est hyper sain comme manière de faire les choses et ça me plait vraiment. Après, par exemple hier soir je suis allé voir le concert de Grems et Vicelow, c’était vachement bien, Grems j’aime beaucoup c’est un ouf, c’est un punk malade, le mec c’est rock’n’roll, c’est pogo dans la fosse. Et Vicelow c’était hyper bien, c’est un genre complètement différent, c’est hyper carré et hyper bien, il était avec deux danseurs, mais c’est pas de la danse pour la danse, ce que j’ai vraiment aimé c’est que les chorés sont au service du texte et j’ai trouvé ça hyper intelligent et hyper juste. Je trouve qu’en France une proposition aussi aboutie et pro et quelque part élégante, c’est assez rare ! Je pense qu’il faut saluer ce genre de trucs. J’ai bien aimé aussi son clip Hip Hop Ninja Remix avec tous les artistes, c’est dans ce genre de trucs que j’aimerais être !

D’ailleurs tu as participé à « Piège de Freestyle » dernièrement !

Ouais, je suis la première fille !

C’était sur la guerre au Mali c’est ça ?

Ouais, c’était un sujet assez délicat pour moi je trouve, parce que je suis pas une rappeuse politiquement engagée. Y a Keny Arkana qui fait ça bien…

Ou Casey !

Ou Casey exactement ! Ca ne m’empèche d’avoir des avis sur l’actualité et de les placer mais je fais pas des morceaux engagés politiquement, c’est pas mon truc tout simplement. Quand on m’a invitée pour faire ce Piège de Freestyle, au départ je me suis demandée qu’est-ce que j’allais raconter ! Du coup, j’ai trouvé ça assez drôle, parce que je l’ai pris comme un challenge même si c’était pas hyper compliquée, j’ai essayé de trouver le moyen de parler de ce sujet tout en restant moi-même. Il fallait juste faire attention de pas prétendre avoir un avis sur un sujet que je ne maîtrise pas. Il y a des gens qui sont carrément plus pertinents sur cette que question que moi, j’en sais rien, je suis pas plus au courant que la plupart des gens qui regardent les infos, je connais pas le problème en profondeur. J’ai tendance à penser qu’il faut fermer sa gueule si on ne sait pas de quoi on parle, du coup j’ai trouvé le moyen de contourner un peu le sujet en fait. L’émission m’a permis aussi d’accroître mon nombre de fans sur mes pages, enfin j’aime pas trop ce terme je dirais plus des followers, des suiveurs, des gens qui sont susceptibles de s’intéresser à ce que tu fais enfin c’est pas gagné ! Y a toujours un pourcentage de gens curieux qui vont aller voir qui je suis, écouter un peu mon EP, et je trouve ça plutôt pas mal.

Tu as un flow assez original et tu joues beaucoup sur les sonorités dans tes textes, j’voulais savoir quelle était ta manière d’écrire, si tu t’appuies plus sur des sonorités ou des idées.

Je pars d’abord de l’idée.

De l’idée toujours ?

Alors j’essaie de faire du joli à l’oreille en développant une idée qui reste cohérente. Des fois c’est vrai qu’un mot va me venir et toute une idée va découler de ce mot. Des fois, tu piques un mot dans une conversation, tu regardes la télé, tu lis un bouquin, j’en sais rien, des fois y a un mot qui te saute aux yeux. Dans un premier temps, j’écris des idées pour ne pas perdre le fil de ce que j’écris, mais c’est pas forcément joli ni très rapable. Après je sculpte, je reviens sur mes idées, je cherche des synonymes, des mots avec des sonorités plus intéressantes. J’utilise pas mal le dictionnaire des synonymes, pour justement acquérir de nouveaux mots et m’imprégner d’un nouveau vocabulaire pour ne pas toujours tourner en rond. Des fois, j’utilise un mot basique et j’essaie de trouver après un mot un peu plus précis qui va traduire vraiment l’idée que je veux exprimer. Mais c’est vrai que je fais toujours attention aux sonorités, par contre j’essaie de faire en sorte que ce ne soit pas au détriment du sens.

Pas de rime gratuite, juste pour le son …

… Non, ou alors c’est un effet de style que je recherche, ça peut être amusant dans un truc hyper dense de mettre une phrase qui tombe un peu à plat, c’est alors le contraste qui va faire que l’effet soit drôle. C’est comme à la fin d’un des couplets de « Play » ça tombe à plat, parce que je fais une rime qui ne rime pas en fait, je dis « papa » mais ça rime pas avec ce que j’ai dit avant. Quelques imbéciles vont dire : « Eh, elle sait pas rapper ! » mais c’est fait exprès évidemment.

Cela veut dire que tu travailles pas mal tes textes !

Je travaille énormément mes textes ! C’est un peu mon problème d’ailleurs, je reviens dessus cinquante mille fois, mais trop en fait  ! Et du coup, mon problème c’est plus le manque d’impulsivité et de fraicheur qui peuvent caractériser un mec comme Nemir. Comme Grems ! Tu sens quand il enregistre que y a une part de laisser aller, et moi j’ai peut-être moins ça parce que je travaille beaucoup mes textes, ce que j’essaie maintenant de travailler c’est plus de me lâcher et d’être moins emprisonnée de mes mots et de mes phrases.

Je voulais revenir sur le fait que tu n’es pas vraiment engagée dans tes textes, justement j’avais l’impression que les filles dans le rap français mettaient en avant ce côté engagé, à l’image de Casey ou Keny Arkana, pour pouvoir être reconnue et écoutée, j’avais le sentiment que des filles avec des textes plus légers et poétiques dans ton style, c’est plus rare finalement. On va être moins exigeant avec un mec qui fait de l’égotrip qu’une fille qui en fait.

Alors déjà, les filles on reste très minoritaire dans le rap, c’est ce qui est un peu dommage, nécessairement il y a moins de choix parmi les filles, moins de styles différents. Chez les mecs y a beaucoup plus de monde donc forcément beaucoup plus de styles différents, plus d’identités et de propositions. Est-ce que chez les filles pour être crédible il faut être engagée ? Je sais pas. La question de crédibilité pour moi elle ne se pose pas, je pense que quelqu’un qui est crédible c’est quelqu’un qui reste soi-même. Je trouve que c’est beaucoup plus punk, beaucoup plus couillu, beaucoup plus culotté de justement ne pas être hyper engagée, parce que c’est souvent là qu’on t’attend quand tu fais du rap. Le plus honnête c’est d’être soi, et le plus intéressant c’est de parler de ce qui nous touche, et de ce qui nous trotte réellement dans la tête chaque matin. Après je parle pas de certains sujets parce que c’est de choses que je connais pas, par exemple j’ai pas vêcu dans une banlieue, j’ai pas galéré quand j’étais petite, j’ai jamais eu de problèmes à être une fille et à faire du rap, donc je vais pas m’inventer des vies et des histoires pour rapper pour me donner de la crédibilité. C’est comme les mecs qui adoptent un style vestimentaire parce qu’ils se sentent ridicule quand ils sont habillés sans marque, c’est un peu la même chose. A partir du moment où tu sais qui tu es et que tu fais les choses avec le coeur et comme tu les sens, et à partir de là tu te sens libre tu peux faire ce que tu veux et tu te fous de ce que les autres vont penser. Des rappeurs y en a plein, mais des gens qui rappent des trucs intéressants y en a moins. Ce que j’aime quand je découvre un artiste c’est quand quelqu’un me raconte un truc personnel, ça me fait chier d’entendre des copies des uns des autres. C’est normal de s’inspirer des autres, dans le rap c’est pareil, moi j’ai appris par coeur les morceaux de Solaar, IAM, et un jour tu essaies, et tu tentes d’apporter de nouvelles choses.

Il y a des collaborations qui peuvent surprendre sur ton EP, comme avec Metropolis des Foreign Beggars, ou Ty, Dj Vadim, des gens qui sont des grosses pointures dans le  milieu de la musique, je voulais savoir comme tu as réussi à réunir tout ce monde sur ce projet.

En fait, c’est ça qui est marrant, je savais très bien que ça allait surprendre, parce que pour toi je sors de nulle part, tu ne me connaissais pas avant, je suis pas Dj Vadim, je suis pas Ty ni Metropolis, j’ai pas leur carrière ! Tout ça, c’est passé au cas par cas, pour Metropolis des Foreign Beggars je les ai rencontrés le même jour que 20syl au festival à Madrid, ils étaient là aussi. J’ai trouvé que c’était vachement bien ce qu’ils faisaient, et je suis assez du genre à aller rencontrer les gens, à leur dire que j’aime bien ce qu’ils font, juste comme ça. Et avec les Foreign Beggars c’était assez drôle parce que très vite dans la conversation on s’est rendu compte qu’on avait des amis en commun. Des gens qui habitent à Barcelone, c’est Beatspoke qui est sur mon album, c’est Josh de Beatspoke qui a mixé mon album. Et Josh avait passé un an à Londres avec les Foregin Beggars à faire de la musique. Et du coup par la force des choses on a été amené à se rencontrer plusieurs fois, des fois à Paris, des fois à Barcelone, quand je passais à Londres j’essayais de les voir. Et quand j’ai voulu faire mon morceau avec Beatspoke on avait à l’origine une première invitée qui nous a lâchés, et notre deuxième souhait c’était Métropolis ! Parce que les Beatspoke étaient fans de lui, et que moi aussi. Dans les morceaux actuels des Foreign Beggars ils partent dans des trucs hyper UK, hyper rough, hyper durs, avec des grosses voix, des gros beats et tout. Mais nous on sait qu’il a d’autres projets, un projet avec sa chérie, où il explore d’autres styles musicaux et d’autres ambiances. Il est très versatile, et on le voyait parfaitement sur l’instru du morceau. Ca a été très difficile de l’avoir parce qu’il était en tournée aux Etats-Unis et il arrêtait pas de repousser pour l’enregistrement. On attendu le dernier jour du mix pour qu’il nous envoie son complet, jusqu’au dernier jour on savait pas si on allait sortir le morceau, ça a pas été simple, mais ça s’est fait !

Pour Dj Vadim, c’est encore plus ou moins par le biais de Beatspoke, j’avais enregistré un morceau sur le premier album de Beatspoke, et eux étaient déjà en relation avec Dj Vadim qui avait fait un ou deux remix pour eux. Et Dj Vadim m’a entendu rapper en français et au départ il pensait que c’était la rappeuse de Beatspoke qui elle est américaine, donc il lui a demandé si elle rappait en français aussi. Après ils lui ont expliqué que c’était moi, que j’étais une amie, et donc Beatspoke m’avait conseillé de demander une collaboration avec Dj Vadim parce qu’il serait partant. Donc un moment il était de passage à Paris pour jouer avec son groupe, du coup j’ai essayé de le contacter, il a bien voulu me rencontrer à son hôtel, et il a ouvert son ordi, il m’a montré tous ses sons et il m’a dit : choisis !

Pour Ty, c’est aussi un ami qui nous a présentés, on est allé plusieurs fois le rencontrer à Londres. C’est toujours comme ça que ça se passe, c’est des rencontres, des contacts avec des amis, je suis jamais allée vers les gens comme ça, parce qu’ils avaient un nom. Alors évidemment faut pas se voiler la face, c’est génial d’avoir ces mecs sur son album, je suis consciente que ça change les choses et que ça éveille la curiosité et que c’est plus facile d’intéresser les gens. Mais pour moi il est hors de question d’aller chercher des gens que pour leur nom, il faut que leur morceau ait du sens. Je fais ça pour le côté musical et pour les rencontres. Il y a aussi quelque part la fan qui a la chance de collaborer avec ses idoles, y a le côté de la petite meuf qui kiffe être allée à Nantes travailler avec 20syl, qui est allée rencontrer Ty à Londres, tout ça donne du sens à ce que tu fais, c’est ma manière de voir la musique. Peut-être qu’un jour ça m’arrivera de faire un truc arrangé comme Solaar avait fait avec Missy Eliott, ils s’étaient à peine croisés je crois, le morceau tue ! Mais quand tu connais l’histoire derrière c’est décevant. Je pense que c’est un peu dommage de faire ça, à notre niveau si on nous enlève le côté humain dans la musique, il nous reste plus rien. Déjà qu’on a pas d’argent, et qu’on galère pour faire des concerts, si en plus on kiffe pas et on rencontre pas des gens cools, ça sert à rien.

En parlant de collaboration, est-ce qu’il y en a une que tu n’as pas réalisée et qui te fait vraiment envie ?

Oh mais plein, plein, plein ! Grems par exemple !

Oui il a un peu les mêmes style de prods que toi, un peu grime, un peu électro, comme sur son dernier album avec PMPDJ …

… Oui carrément ! Après le style PMPDJ, c’est pas un style dans lequel moi j’irai. J’ai déjà exploré des trucs comme ça j’ai fait un morceau à 130 BPM où je rappe hyper rapide. Je l’ai fait parce que ça m’a amusé, mais je pense vraiment pas que c’est un délire dans lequel moi j’irais. Moi j’ai kiffé voir Grems hier soir sur ces morceaux-là, j’aime bien le morceau qu’il a fait avec les Foreign Beggars, Gash, je suis vraiment contre le sujet traité dans le morceau parce que je trouve ça immonde, mais par contre l’instru elle déchire, hyper électro et hyper dansant, je trouve ça génial ! C’est pas dans ce pendant là de la musique électronique que j’ai envie d’aller, par contre quand j’entends son Algèbre 2.0, pour moi c’est un des meilleurs albums que j’ai écouté dernièrement, les prods de Noza elles sont complètement dingues ! Et d’ailleurs Noza est en train de nous faire un remix, donc voilà c’est cool. On lui a envoyé une lettre d’Amour artistique en lui disant qu’on avait mégakiffé son truc ! Du coup, il était partant pour faire quelque chose avec nous, c’est ça qui est génial, tu rencontres une personne et puis ça te mène à une autre, ça crée des grandes familles, pas dans le sens où tout le monde s’adore, mais dans le sens où ça devient des familles artistiques qui facilitent les collaborations. Grems si je faisais un morceau avec lui ce serait plus entre ce que je fais moi et ce que lui a fait sur Algèbre 2.0, des trucs un peu électro qui restent boom bap, que ça reste du rap, des BPM pas trop rapides. C’est juste un exemple de collaboration mais y en a plein d’autres !

Tu as été sélectionnée pour participer aux Inouïs du Printemps de Bourges, tu participes à des projets, on parle de plus en plus de toi, comment tu vis cette effervescence en ce moment ?

Comment je vis tout ça ? Très sincèrement, quand tu travailles autant qu’on travaile, c’est juste commencer à récolter les fruits des efforts semés. C’est pour ça que j’ai ce côté là à me réjouir 5-10 minutes des bonnes nouvelles, mais pour moi le plus important c’est de travailler et d’avancer. J’ai toujours ce besoin que les choses arrivent parce que j’ai l’impression de les mériter. Pour l’instant, je le vis très bien, c’est les premières retombées intéressantes de toutes ces années d’efforts et de travail ! Je le prends plus comme des étapes, et comme des portes qui s’ouvrent sans avoir à donner de coups de pied dedans. Il y a des paliers à passer et des opportunités qui te permettent de continuer, c’est comme une petite tape dans le dos qui te dit : “C’est pas mal ce que tu fais, tu devrais continuer !” Et toi, ça te conforte dans l’idée que tu fais pas les choses si mal que ça et que tu commences à avoir un peu de reconnaissance et de gens qui te soutiennent. Je suis super contente d’aller à Bourges par exemple ! Dans la sélection des Inouïs y a Nemir, Set&Match, la Gale, une rappeuse suisse un peu dark, un peu vénère, dans style complètement différent et c’est bien ce qu’elle fait ! Et dans la sélection électro y a la Fine Equipe, c’est des amis à nous donc c’est cool de se retrouver avec eux.

Ketchup ou Mayo ?

Ketchup !

L’EP Silence Radio est disponible sur le Bandcamp ou le site de Pumpkin ainsi que le site de Mentalow.