Une centaine de street-artists du monde entier sont venus investir une tour désaffectée du 13ème arrondissement. Un événement exceptionnel, un seul mois pour le visiter.

Comment ne pas connaître l’existence de cette exposition, considérée comme la plus grande exposition de street-art jamais réalisée ? C’est difficile, étant donné le battage médiatique considérable qui s’est opéré depuis le début de la conception de la tour. C’est pourquoi avant de parler de la visite en elle-même, il est nécessaire de parler de l’attente. Chaque jour c’était en moyenne près de 6 heures de queue qui attendaient les visiteurs les plus braves. Pour avoir des chances de passer parmi les premiers, il fallait arriver 4 à 5 heures avant l’ouverture des portes de l’exposition. Le mardi 29 octobre, les personnes en tête de la file d’’attente était arrivées à 2 heures du matin pour être certaines d’entrer. Quoiqu’il arrive, l’exposition ne sera pas maintenue, elle prendra bien fin le jeudi 31 octobre.

  Façade : El Seed / Portrait : Original

En chiffre, la tour 13 c’est 4500 m² de surface, 9 étages, et près d’une centaine d’artistes qui y ont produit leurs œuvres.  30 journées de visite, durant lesquelles des milliers de visiteurs ont tenté de vivre cette visite convoitée. Alors est-ce que le contenu de l’expo est à la hauteur de l’engouement suscité ? La réponse est oui. Chaque appartement visitée est une porte ouverte vers un univers artistique particulier, on est plongé dans le monde de l’artiste qui tente de nous faire passer un message ou susciter chez le spectateur une émotion particulière. Le visiteur est placé au cœur de l’œuvre, puisque les artistes ont pris comme support la pièce dans son ensemble, du sol au plafond, sur les murs et sur les fenêtres. Des objets des anciens habitants ont été conservés pour faire partie intégrante des œuvres. On passe d’un scène à une autre, chaque pièce est un tableau différent dans laquelle le visiteur entre en immersion. Portes : Sambre Au fil des étages on découvre des univers aussi surprenants les uns que les autres. On tombe sur ce trompe-l’œil stupéfiant réalisé avec des portes récupérées dans tout l’immeuble par l’artiste Sambre. Puis, apparaît une sorte de chapelle sixtine pixelisée pensée par le graffeur Kan. On découvre également une salle emplie de graffiti en lettrage arabe, réalisés par El Seed à l’origine de la façade rose à l’extérieur de la Tour. Au premier étage, ce sont les chats de C215 qui ont investi un appartement entier. Au sous-sol, le spectateur s’avance dans un dédale  sombre avec des œuvres fluorescentes. Cela donne l’impression d’une sorte de monde virtuel, dans lequel on tombe nez à nez avec une tête de taureau qui représente le Minotaure. Les artistes Lek et Sowat ont voulu plonger le public dans le célèbre labyrinthe mythologique. La visite de la Tour 13, est donc une expérience unique à travers laquelle on découvre une multitude de mondes artistiques concentrés sur un même espace. On en ressort un peu abasourdi avec l’impression de s’être pris une grosse claque.

  Chat : C215 / Minotaure : Lek et Sowat

Cette exposition a été présentée comme n’ayant aucun but lucratif, il était stipulé qu’il n’y avait « rien à vendre ». Néanmoins, on peut se demander si les intérêts d’un tel événement ne sont pas implicites. En effet, les soutiens à l’exposition sont multiples : Canal Street, Le Mouv’, France O, Dailymotion, Télérama … et la Mairie du 13ème arrondissement. Étant donné l’immense engouement médiatique suscité par l’exposition, c’est quand même une excellente publicité pour tous ces soutiens et une véritable opportunité pour la municipalité du 13ème qui présente alors une image dynamique et créative de son quartier. Pour les artistes, c’est un moyen de promotion incontestable, cela leur permet de sortir de leur anonymat de street-artist, c’est donc une forme de reconnaissance de leur pratique en tant qu’art à part entière. Mais est-ce qu’une œuvre réalisée entre quatre murs avec l’accord de la mairie peut-elle être encore considérée comme relevant du street-art ? Est-ce que cela ne va pas à l’encontre de l’essence du mouvement ? Graffiti : El Seed Photo banniere : Valentin Neves