Enfin ! Après le report de leur date en octobre 2013, les trois berlinois de Moderat étaient à Paris pour deux concerts consécutifs au Trianon.

21 heures tapante. Les lustres s’éteignent et plongent la salle dans la pénombre. Sur scène, des écrans font face à un Trianon complet. Des silhouettes prennent positions derrière trois pupitres. Sebastian Szary (Modeselektor) à gauche, Sascha Ring (Apparat) à droite et Gernot Bronsert (Modeselektor) au centre.

Timide, l’ouverture du live se fait sur “This Time”, conclusion du second album du trio, tandis qu’une colonne de fumée est projetée derrière les pupitres. Déjà en osmose, la fosse bouge lascivement. Alors que l’on savoure les dernières notes de cette introduction, la célèbre boucle de “A New Error” se fait entendre. Il n’en faut pas plus pour que les bras et les cris s’élèvent. Bien que ce soit un peu maladroit de balancer cette petite bombe en début de set, on est happé par l’aura que dégage ce morceau.

La scénographie se dévoile enfin entièrement. Le clip de “A New Error” a été retravaillé pour qu’il s’adapte à cinq écrans répartis en trois couches. Des projecteurs aux sols percent l’obscurité du Trianon et habillent la structure. Le résultat est beau, profond et captivant et il en sera de même pour tout le concert.

“Milk” suit. Hypnotique. Impossible de savoir si la durée de cette version s’approche des dix minutes de la version studio ou si elle a été raccourcie pour les besoins du live tant Moderat nous plonge dans une bulle totalement hermétique au temps et à l’espace. Cette bulle se consolide morceau après morceau. “Seamonkey”, “Rusty Nails”, “Versions” et “Bad Kingdom”. Grosse vague d’engouement pour ce morceau qui fut le single dévoilant l’album en 2013.

La succession de “Damage Done” et “Last Time” calme aussitôt les ardeurs du public tandis que la voix de Sascha résonne religieusement dans la salle. De magnifique visuels habillent “Last Time” : des paroles, un toréador et sa bête, des étoiles… l’émotion se mêle à l’émerveillement.

Guitare en main, Sascha entame le riff de “Les Grandes Marches”, point d’orgue de ce voyage onirique. Nos trois compères ont placés la barre haute. Difficile de faire mieux et ils semblent le savoir. Pas question de continuer dans le toujours plus haut, toujours plus beau. La suite ? “Nr. 22”. qui basse après basse réduit en poussière cette bulle qu’ils ont créée. Un retour sur terre brutal.

Le temps de reprendre ses esprits, leurs silhouettes disparaissent vers l’arrière scène. Le public cri et les grondements de pieds résonnent, fort, très fort. Tout le monde semble conquis et prêt à en recevoir d’avantage.

Traditionnellement nos berlinois reviennent pour un rappel dans lequel on aura le droit à “Gita”, “Let In The Light” et le beau “Therapy”. Un rappel en marge du reste. Difficile de revenir après “Nr. 22” qui n’a laissé aucune chance à la suite. Il faut voir cela comme un bonus, il reste plaisant de s’enivrer de trois morceaux supplémentaires.

Quelques remerciement vers le public et les voilà repartis, nous laissant béat, sonnés par cette belle claque que l’on vient de prendre.

Moderat a su créer une atmosphère cohérente avec la complicité du collectif Pfadfinrei qui signe cette scénographie bluffante et immersive. Même si on pourra leur reprocher d’être trop carrés, de manquer de grain de folie, de ne pas laisser place au moindre petit imprévu, il n’empêche que ce live est exécuté avec maestria.

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Crédits photos : Stéphane Mysta