« L’abus de plaisir est excellent pour la santé », voici une des phrases de MissTic que vous pourrez retrouver sur les murs des rues de la Butte aux Cailles si vous tentez cette ballade art urbain.

Vous aimez les balades ? Vous aimez l’art urbain ? Je vous propose de venir découvrir les travaux d’artistes de rue du côté de la Butte aux Cailles. Vous pouvez trouver sur le site de la mairie du 13ème plusieurs parcours regroupés dans le programme « Street art 13 » sur le lien ci-dessous. Le parcours de la Butte aux Cailles est le parcours B. Néanmoins, ce tracé est juste indicatif, beaucoup d’œuvres n’y sont pas répertoriées, c’est pourquoi je vous conseille un itinéraire de base, mais je vous invite vivement à vous perdre dans les ruelles pour découvrir par vous-mêmes des œuvres insolites.

Descendez à la station Corvisart du métro 6, ensuite vous pouvez rejoindre par une allée sous un immeuble le square Brassaï, où les quelques marches vous mèneront jusqu’à la rue des Cinq Diamants. C’est ici que peut débuter la recherche de ces œuvres urbaines. Celles qui attirent en premier lieu l’attention sont celles de MissTic. Des phrases poétiques et percutantes accompagnées de silhouettes souvent féminines réalisées en noir au pochoir. L’artiste se définit davantage comme une poète qu’une « street artiste », ces slogans interpellent les passants et les sortent de leur quotidien. Sur les murs de cette rue vous trouverez d’autres œuvres, posées sur les devantures des commerces, sur des murs à l’abandon, elles attirent l’œil et donnent une nouvelle vie à des façades fatiguées. Jef Aérosol a également beaucoup œuvré dans ce quartier, après avoir remonté la rue des Cinq Diamants vous pourrez trouver ses œuvres dans la rue de la Butte aux Cailles. Des silhouettes en noir et blanc pouvant représenter la star du rock Elvis, des sans-abris, des rats… les objets sont variés mais le style reste le même. Ces pochoirs sont toujours accompagnés d’une mystérieuse flèche rouge qui semble orienter le regard du passant.

 

Après avoir emprunté la rue de la Butte aux Cailles, aventurez-vous sur la droite dans le passage Boiton où les collages et affiches s’accumulent sur les murs. On y trouve aussi une œuvre de Seth, présent à la Tour 13, un personnage avec une capuche qui semble en lévitation comme les autres personnages de l’artiste. Sur ce même mur se dressent des photos montages dans lesquels Tupac côtoie Mickey Mouse, Obama rencontre le mec du Monopoly. Le message de ces affiches est de dénoncer le capitalisme et ses effets néfastes. L’engagement reste une ligne directrice de l’art urbain, la rue devient un support d’expression, un moyen de faire passer un message fort, parfois violent.

Dans ce même passage vous tomberez sur une œuvre surréaliste de Philippe Baudelocque, un hippopotame géant fait de formes géométriques, assez saisissant. Prenez ensuite à droite pour rejoindre la rue Buot, au croisement vous ne pourrez pas passer à côté du groupe de musique urbain recouvrant un mur entier. En remontant la rue Buot, on tombe sur des œuvres originales, comme cet oiseau posé sur un mur réalisé en mousse végétale. La dégradation est ici nulle puisque la mousse est parfaitement dégradable, de plus, l’artiste redonne de la place à la végétation dans un espace urbain où elle tend à être évacuée. Au croisement de la rue Buot et de celle de l’Espérance, vous pourrez contemplez plusieurs œuvres, un garçon se faisait poursuivre par le moustique Hadopi, une jeune fille se tenant au bord de sa fenêtre, un homme soutenant à bout de bras la plaque de la rue de l’Espérance, deux enfants assis dans l’eau… Un pan de mur très riche en œuvre qui ne passe pas inaperçu.

Face à toutes ces œuvres j’en ai fini par me demander comment c’était possible, la Butte aux Cailles est-elle une zone où la législation diffère et où tout le monde a la possibilité de façonner l’environnement urbain ? Ce n’est pas aussi simple. Premièrement, c’est vrai qu’il y a énormément d’œuvres présentes, il y a également beaucoup de traces de travaux effacés, graffiti, collages, affiches, tout n’est pas considéré comme de l’art urbain par les autorités, et tout marqueur, même artistique, n’a pas sa place dans l’espace urbain. La plupart des œuvres sont donc réalisées en accord avec des commerçants, des habitants. De plus, la majorité des œuvres ont été encouragées par les « Lézarts de la Bièvre », association qui tente de promouvoir les pratiques artistiques dans le lit de la Bièvre, du sud-ouest du 13ème jusqu’à la Seine. A l’occasion des journées portes ouvertes des ateliers d’artistes chaque année l’association fait appel à un artiste urbain qui a pour charge de baliser le parcours des ateliers avec ses œuvres. Cette manifestation est organisée en partenariat avec la Mairie du 13ème. Cela explique en partie la profusion d’œuvres urbaines du côté de la Butte aux Cailles. Ces œuvres sont bien perçues par les habitants, elles embellissent leur cadre de vie, appréciées des commerçants, elles apportent des clients, encouragées par la mairie, elle donne une image créative et tolérante du quartier. Néanmoins, elles donnent envie également à d’autres artistes urbains de s’emparer des murs du quartier, ce qui est normal vue le flou des réglementations. C’est pourquoi à travers ces ruelles on trouve une multitude d’œuvres d’artistes inconnus souhaitant également laisser leur marque dans ce paysage. C’est tentant, après tout si l’espace public est l’espace de tous, pourquoi tout le monde n’aurait pas le droit de façonner le paysage urbain à son idée ?

 

Ce parcours n’est pas vraiment pas exhaustif, cette ballade c’est aussi un peu comme une chasse au trésor où l’on repère un signe qu’on a déjà vu avant qu’on essaie de retrouver plus loin. On retrouve des figures récurrentes comme cette petite araignée ou ce diamant qui nous accompagnent tout au long de la ballade. Laissez-vous guidez par les œuvres !