ASP, c’est le récit de deux frères qui rêvent de rencontres et de partager leur univers avec le monde.

Il est environ 16h30 en ce 27 septembre à Metz. C’est l’effervescence à la BAM, nouveau lieu culturel qui attire la foule. Les curieux découvrent l’endroit pendant que Nasser termine ses balances dans la grande salle. Nous retrouvons Cédric et Yannick, les deux frangins de ASP (pour Abstract Sound Project), qui présenteront le soir même leur live 3D.

Tout d’abord, comment allez vous ?

Cédric : Très bien par cette belle journée !

Dans quel état d’esprit vous êtes là ? Pas trop la pression avant de jouer à la maison devant tous les copains ?

Yannick : Non, c’est plutôt un plaisir. En plus la c’est le moment « off » de la journée, on se repose, on prend l’air, les balances sont faites…

Cédric : Il y a toujours un petit peu de pression avant d’entrer en scène, mais une fois que t’y es, t’y es.

Yannick : C’est un petit peu décuplé quand tu joues à la maison, ou pour des événements particuliers comme l’inauguration de la salle ce soir. Les gens sont curieux, viennent la découvrir et voient les premiers concerts du lieu. C’est pas forcément de la pression, mais il y a un enjeu derrière, on a envie de bien faire, surtout ici.

Qu’est-ce que l’ouverture de la BAM représente pour la région ? Est-ce juste une salle de plus ou pensez-vous qu’elle va dynamiser une peu plus une région qui bouge déjà bien ?

Cédric : C’est une très bonne question. Inévitablement c’est un plus pour la ville, Metz devait avoir un équipement de ce gabarit la, c’est certain. Après si on prend le sillon Nancy / Luxembourg, il y a une offre de salles de diffusion qui est quand même colossale. Si chacun arrive à avoir son propre projet, sa propre programmation et cible quelque chose de similaire, ça peut marcher.

Yannick : Je pense que c’est l’objectif de tous ces lieux, de ne pas se marcher dessus. Ils ont chacun leur identité, leur ligne artistique qui va suivre derrière. La BAM participe plus au développement de l’agglomération que celui de la région. C’est sur, il y aura un public qui viendra de l’extérieur, mais il manquait vraiment ce maillon à Metz. Il y a pas mal de projets naissants dans la ville, le fait d’avoir des studios d’enregistrement et une salle de cette capacité est très utile pour travailler.

Vous êtes dans le bain depuis 2003, ça vous fout pas un trop gros coup de vieux de vous dire que ça fait plus de 10 ans que le projet ASP existe ?

Cédric : Si ! C’est une histoire qui commence à être longue, mais qui a énormément évoluée. On avait juste débuté avec quelques machines sans connaître la technique musicale. On a tout appris sur le tas, forcément ça prend du temps. Le cheminement depuis 10 ans est donc tout à fait normal. Par contre, c’est vrai qu’en terme de scène, aujourd’hui on présente un projet bien plus complet qu’on aurait pu le faire à l’époque. C’est seulement maintenant qu’on est assez murs pour pouvoir le montrer.

Yannick : Le projet est en évolution permanente, que ce soit la musique, la scénographie… Il y a tous les jours plus d’idées qui nous viennent que de concrétisation. Il n’y aura jamais de fin, c’est toujours un début. 10 ans c’est bien, c’est le temps qu’il faut pour maîtriser ses outils, définir une identité, la faire connaître. On avance tous les jours.

Cédric : Surtout sur ce projet précis. On commence seulement à avoir l’impression de présenter quelque chose de « bien », d’être fiers.

Yannick : Ça bouge sans cesse, on ne sait pas ce qu’on fera dans 2 ans.

Cédric : Peut-être qu’on fera du reggae…

Yannick : Pourquoi pas ! Mais c’est quand même peu probable.

Pas trop de prise de bec entre frangins ? Comment se passe la conception ? Qui fait quoi ?

Cédric : On a toujours bossé tous les deux. Moi à l’époque je mixais sur vinyles, j’adorais ça. Yannick lui a toujours été attiré par les machines.

Yannick : Avant qu’on commence réellement à faire de la musique ensemble, en 98-99, j’avais acheté une machine pour tester, bricoler et apprendre. On a découvert ce genre de sons qui ne se faisaient pas sur ordinateur à l’époque. Aujourd’hui c’est presque devenu facile, et heureusement, ça se démocratise. Tu peux avoir l’idée, faire ton morceau en 2h et l’avoir sur internet dans la foulée. Mais avant, bien loin d’être des précurseurs du truc, on composait qu’avec des machines.

Cédric : Tout le monde à son « home-studio » maintenant.

Yannick : Pour en revenir à ta question, on a toujours plus bossé ensemble que séparément. On a pas chacun un rôle attitré, même si on a des petites spécialités, comme lui le chant, moi le mixage et la production… Mais sur la création, tout est commun.

Cédric : Évidemment on est pas toujours d’accord. Certains morceaux naissent suite à notre opposition. On écoute chacun nos trucs, on a donc différentes envies mais on arrive toujours à trouver un bon compromis. C’est une sauce qui marche, pour nous en tout cas.

Yannick : On se connaît tellement, on a les mêmes inspirations, ça fait longtemps qu’on bosse ensemble. Maintenant on sait de suite ce qui nous plaît ou non. Quand on fait des essais, qu’une mélodie nous intéresse par exemple, il suffit juste d’un regard pour comprendre que c’est bon.

Cédric : Il y a un côté pratique aussi. C’est jamais évident pour un groupe de caler des dates pour se voir, chacun à sa vie. Nous on est à côté donc ça roule bien. Donc pour conclure, non, dans notre cas, ce n’est pas du tout compliqué de travailler ensemble.


Photo : Julian Benini

Pourquoi 2022 ? Soleil Vert ?

Cédric : Ça aurait pu ! Mais non. Ça correspond à nos deux dates de naissances. Il y a évidemment le côté futuriste aussi, qui colle très bien avec tout cet univers qu’on essaye de développer.

Yannick : Il y a de l’ambiguïté. Nos dates, le futur, c’est une projection. C’est également une séquence de 2 et de 0. 2 c’est la dualité, 2 0 c’est l’opposition, 2 c’est aussi nous 2… Il y a au final tout un tas de raisons qui se mélangent et qui donne du sens à ce nombre qui est très personnel. C’est un peu notre histoire.

Chapelier Fou, Jacuzzy et Sivouplay ont bossé avec vous sur le futur album. Comment vous êtes vous rencontrés et pourquoi eux ?

Yannick : Euh… Bah c’est tous des copains en fait ! Pourquoi eux ? Parce qu’on les apprécie vraiment, qu’on a un très bon feeling, qu’on aime beaucoup ce qu’ils font… Tout s’est fait très naturellement. On adore l’univers de Chapelier Fou, il est voisin et on voulait qu’il nous apporte quelque chose qu’on ne sait pas faire.

Cédric : On voulait fusionner nos deux univers, qui sont complètement différents. Personnellement, son featuring, je crois que c’est le morceau que je préfère sur l’album.

Yannick : C’est toujours intéressant de mélanger les genres, les influences, là est l’intérêt du featuring. C’est se nourrir d’éléments que nous n’avons pas acquis et qu’on ne peux pas donner. Chapelier Fou et son bouzouki, on y aurait jamais pensé et s’en servir encore moins. Pour les autres artistes qui ont bossé avec nous c’est pareil, on voulait leur patte.

Cédric : Le coté Rock avec Jacuzzy par exemple. On voulait de la grosse guitare sur un morceau.

Yannick : Ce sont des collaborations naturelles en fait, on a pas fait énormément de retours sur leurs propositions. On a gardé le résultat le plus brut possible.

Parlez nous d’Etienne Bardelli, l’artiste qui a conçu vos artworks.

Cédric : Etienne Bardelli, plus connu sous le nom d’Akroe. On adore son travail, notamment à l’époque où on l’a découvert quand il bossait avec TTC, Para One…

Yannick : Mais pas que. C’est un artiste hyper complet. On a toujours été fasciné par son monde, il y a beaucoup de géométrie et ça nous correspond pas mal. Il a créé le logo du groupe et l’artwork de l’album.

Cédric : Ca nous a vraiment fait plaisir qu’il dessine notre identité visuelle. Avec Etienne, ça a été une vraie belle rencontre.

Yannick : La rencontre humaine est très importante pour nous, voir primordiale. La talent d’un artiste attire notre regard, mais c’est notre rencontre qui va déterminer si oui ou non ça se fera. Il faut que le courant passe, c’est de l’échange, une aventure à chaque fois.

Votre live raconte une histoire. Pourquoi la 3D ? Permet elle au public de plus se focaliser sur les visuels qu’un live classique ? N’avez-vous pas peur que le son passe en arrière plan ?

Cédric : La 3D dans le live, c’est une idée soumise par Cédric Bachorz (Diez) du collectif Paradigme. On voulait de l’innovation, et le vrai défi ça a été de partir de rien et apprendre à faire de la 3D. Cédric à fait énormément de recherches techniques pendant longtemps pour savoir comment elle marche, comment la créer… C’est quelque chose de très original, ça nous a tout de suite intéressé.

Yannick : Ca fait pas mal de temps qu’on bosse avec Diez et le collectif. On se demandait tous ce qu’on pouvait faire pour changer les choses, améliorer l’image du live etc. En gros faire quelque chose d’atypique qu’on auraient envie de voir en live et qui fait rêver. C’est un projet très motivant et innovant qui intéresse toute l’équipe, c’est très plaisant de travailler dessus. La 3D c’est quelque chose que tout le monde connaît, du moins de nom, mais ce n’est pas spécialement très répandu hormis au cinéma. Ce sont des sensations qu’on a pas encore l’habitude d’avoir, encore moins en concert. Ça commence à émerger, Kraftwerk en est le parfait exemple. Ça fait presque 3 ans qu’on bosse sur la 3D et quand on a commencé à y travailler, on imaginait pas du tout que quelqu’un avait un projet autour de ça aussi.

Cédric : Surtout pas eux… la classe !

Yannick : Ils font partie de nos influences, c’est plutôt marrant. D’ailleurs, on veut bien faire leurs premières parties !

ASP Live 3D

Cédric : Pour en revenir à ta demande, c’est vrai que la 3D attire forcément l’oeil du public. Ça fait aussi partie de notre volonté, sur scène il y a la musique, les musiciens, la lumière et la vidéo. La live a plusieurs phases où chacun des éléments est plus mis en avant que les autres. Les moments forts de la 3D dissipent le reste justement pour que le public se plonge dans l’univers qu’on leur transmet, jusqu’à oublier le contexte du live. On veut faire planer les gens, leur faire oublier où ils sont.

Yannick : Après, chaque personne perçoit les choses différemment. Certains seront plus sensibles au son, d’autres à la vidéo etc. Dans tous les cas, on a aucune crainte sur le fait que la musique soit en retrait, au contraire. Surtout sur un projet comme celui-là où la lumière et la vidéo ont autant d’importance et de place que le son.

Ça peut paraître con, mais du coup, ça se passe comment la 3D pour les gens qui ont déjà des lunettes de vue ?

Cédric : Ouais c’est un peu chiant, t’es obligé de mettre les lunettes 3D par dessus celles de vue, mais ça marche très bien !

Yannick : On s’est beaucoup posé de questions sur les lunettes et on a testé. Chacun n’a pas la même vue, ni le même écart entre les yeux… Les lunettes en cartons sont au final bien confortables et pratiques, et on peut les personnaliser. Mais on est pas encore des opticiens de la 3D !

Faut mettre des lentilles !

Cédric : Pas con !

Yannick : Tu nous diras, ça nous intéresse. Sur scène, on ne le voit pas le live nous.

Cédric : Aussi étrange que ça puisse paraître, on l’a jamais vu du côté du public. On a pas eu le plaisir de profiter de l’immersion qu’on propose. On ne l’aura jamais d’ailleurs.

Yannick : C’est pour ça que tous les retours sont importants.

Je pense au VTLZR de Vitalic, artiste qui vous a apporté beaucoup d’influence. Ça vous aurait plu de bosser avec Architecture 1024 ?

Cédric : Putain. Évidemment. Ils ont des projets très intéressants, ils sont à la pointe de la technologie et ont d’excellentes idées. Ils sont très créatifs.

Yannick : Bosser avec 1024 un jour, avec plaisir ! Pour l’instant, on vit une belle aventure avec Paradigme et ce projet 3D. Ils font entièrement partie du projet ASP. On n’est pas sur une commande en fait, c’est une aventure commune entre copains où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Mais je suis sûr qu’on aurait pu faire quelque chose de complètement différent et monstrueux avec 1024.

Cédric : C’est comme quand tu prends une tomate, une courgette et un poivron. Tu peux faire une ratatouille mais tu peux aussi faire plein d’autres choses !

La première de votre live 3D c’était à l’Autre Canal, lors d’une soirée où vous aviez carte blanche sur la prog. John Lord Fonda, Veronika, Mr Nô, Spitzer… C’était une bonne soirée entre potes, non ?

Cédric : Clairement.

Yannick : C’était l’esprit ouais. Avant que ce soit une soirée, c’était surtout une sortie de résidence. On s’est dit que pour la première on voulait être entourés des potes. On est bien avec les potes !

Cédric : Y’a toujours ce coté humain qui rentre en jeu.

Yannick : On aime bien être entourés, mais pas de n’importe qui, ni pour la gloire. On préfère être tous ensemble et partager les moments plutôt que de la jouer solo. ASP, ce n’est plus qu’un duo de musiciens.
C’est un groupe où chaque personne est indispensable.

Justement, quelle serait votre collaboration rêvée ?

Yannick : Oh y’en a quelques unes.

Cédric : Moi personnellement, ce serait avec Thomas Azier. Avoir sa voix sur un de nos morceaux ce serait vraiment chouette.

Yannick : Il y a tellement de réponses à donner à cette question. On serait pas contre un featuring avec les Daft, les Chemical Brothers, Kraftwerk et tant d’autres. Rone ça me tenterait bien aussi. Toutes les collaborations sont intéressantes, après ça dépend de l’objectif que tu veux atteindre. Justement, tu ne feras pas la même chose avec Kraftwerk et Azier. Si on pouvait, on collaborerait avec tous les gens qu’on écoute et qu’on apprécie.

ASP

Stéphane Benini a bossé pour Moby, Digitalism, The Toxic Avenger, mais surtout sur beaucoup de vidéos automobiles. Est-ce pour ça que vous l’avez choisi pour réaliser les clips pour “Evolution” et “2022” ?

Cédric : Pas du tout.

Yannick : C’est « encore » une aventure humaine. La première fois qu’on s’est rencontrés avec Stéphane on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse un truc. 3 mois après on tournait un clip. Ça a été très spontané, le courant passait très bien et c’est un très bon ami aujourd’hui. C’est comme le reste, les clips n’étaient pas des commandes, c’est quelque chose qu’on a fait naturellement et en commun, on en a discuté avant de les faire.

Vous êtes pas branchés sport automobile alors ?

Cédric : Pas du tout mais l’idée du premier clip Evolution était excellente. C’est toute la préparation d’une course automobile, il y a pas mal d’analogies avec la musique. Il y a toute cette partie que les gens ne voient pas qui est un travail d’acharnés, puis le moment de la course où toutes les caméras sont pointées dessus, le monde entier regarde.

Yannick : Exactement comme un concert. C’est un bon parallèle. Il y a encore une fois le côté dualité dans ce clip, mais sous l’angle de l’opposition.

Quels sont les projets futurs en dehors de la sortie de l’album ? Festivals ?

Yannick : Faire de la musique et la faire vivre. Continuer d’affiner, enrichir et surtout faire connaître le projet live.

Cédric : On aimerait trouver un tourneur, on en a pas. Ça va être notre mission la plus importante.

Yannick : On s’entoure aussi d’une équipe pour se « décharger » un peu. On veut vraiment se recentrer sur la musique.

Cédric : Faire de la production c’est un métier, faire tourner des groupes aussi etc. Chacun a ses compétences et on ne peut pas tout faire. Nous on veut faire de la musique !

La dernière question, la plus existentielle. Ketchup ou Mayo ?

Yannick : Ketchup pour moi.

Cédric : Ketchup à fond !

Plus d’informations sur le groupe sur le site d’ASP, sur leur page Facebook ou sur leur page Soundcloud.

Merci à Yannick, Cédric et toute leur équipe, à Simon du groupe Nasser et Gaëlle Poissenot.