Difficile de passer a côté de Wonder Where We Land, le nouvel album de SBTRKT. C’est dans un rouge vif immaculé que se fait le retour au format long du londonien. Plus qu’attendu, la bête compte bien se démarquer de son prédécesseur.

Dans quelle case mettre la musique de SBTRKT : dubstep ? R’n’B ? pop électronique ? Les attributs qu’on lui confère ne manquent pas. Et si son premier album dégageait malgré tout une certaine homogénéité, Wonder Where We Land se veut beaucoup plus hétérogène.

À l’image du félin de l’artwork, ce deuxième opus ne se laisse pas facilement dompter. Wonder Where We Land déroutera certainement plus d’un fan du premier opus, les laissant sur la touche. Pourtant, derrière ses allures de montagnes russes, c’est au fil des écoutes que l’album se dévoile car entre les riches nappes de synthétiseurs se terre le savoir faire et l’essence du premier album, la maturité en plus.

Le fauve sollicite également notre imaginaire alors que la présence d’Aaron Jerome sous son masque de SBTRKT sur l’artwork du premier album était bien plus terre à terre. Ici, l’anglais nous raconte une histoire, ou plutôt des histoires à travers une narration malicieuse digne d’une comédie musicale. Chaque morceau est un nouveau tableau dans lequel on se plonge rapidement. Une impression due notamment à la pléthore de guests venant participer à cette pièce et imprégner chaque track, ou presque.

L’éternel compagnon Sampha est, sans surprise, de la partie avec quatre apparitions. L’innovation se trouve être A$AP Ferg qui pose son flow sur un “Voice in my Head” possédé tandis que la voix de cristal de Caroline Polachek (Chairlift) habille un “Look Away” tribal. Sur le groovy et brumeux “New Dorp. New York”, Ezra Koening (Vampire Weekend) rend hommage à sa ville natale. On regrettera que les nombreux autres featurings (Raury, Jessie Ware, Koreless et Denai Moore) soient bien plus anecdotiques.

Chacun sait qu’un second essai est toujours délicat. La tache se veut encore plus ardue lorsque le premier fut un succès public. SBTRKT, lui, ne s’est pas laissé intimider et n’a pas hésité à bouleverser son univers sonore. Malheureusement l’ingéniosité s’essouffle une fois la première moitié de l’album passée. C’est un arrière goût de fin bâclée qui nous reste dans le palais avec des morceaux tirant vers du R&B cheap et mielleux (“Everybody Knows”, “Problem Solved”) jusqu’à nous prouver que le ridicule ne tue pas (“Gon Stay”)… Dommage.
La clôture de cet album se fait tout de même sur une très bonne note avec un “Voice in my Head” dévoilant une nouvelle facette du rappeur A$AP Ferg.

Inégal et parfois décousu, Wonder Where We Land a le mérite de ne pas essayer de reproduire son grand frère quitte à parfois être trop incohérent. Malgré les défauts de cet album, SBTRKT a eu le courage de prendre des risques, de ne pas avoir peur de diviser son public, afin de nous offrir une belle mise en abîme dans son nouvel univers électronique.