Un gris et pluvieux samedi d’automne. Des conditions rêvées pour partir à la rencontre des “musicineastes” de The End afin de parler de leur premier opus à quatre mains ? Ça c’est à chacun de décider et de se faire son film. Moteur. Action !

Au générique de “Music for an Imaginary” on retrouve Sox et De Andria, deux artistes aux univers et aux productions en apparence diamétralement opposées. C’est sous le nom de The End qu’ils ont décidé de s’unir, laissant derrière eux les étiquettes musicales de leurs projets solo afin de réaliser cette bande originale d’un film qui n’existe pas.

Sorti début septembre sur le label Cosmonostro, “Music for an Imaginary” est un album concept beau, touchant, très contemplatif bien que parfois dansant. Cette bande originale  s’articule autour des influences des deux artistes. Doté une belle esthétique, c’est un album qui réussi son pari, celui de faire imaginer à chacun le film que la musique accompagne.

Vous avez chacun vos projets solos (Sox et De Andria) dont les univers sonores sont assez éloignés. Et pourtant, vous avez récemment sorti votre premier album ensemble sous le nom The End. Racontez nous la genèse du projet. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de mêler vos deux univers ?

Sox : The End c’est avant tout une rencontre qui a eu lieu un soir chez Sims de Now Futur, un ami commun. On s’est retrouvé chez lui, j’étais venu faire du scratch et De Andria lui faisait écouter des prods.

De Andria : On avait démarré un morceau ce soir là avec Sims, Sox s’amusait à créer des arpegiators sur un synthé. J’ai tout de suite accroché à sa manière de jouer. Le lendemain, j’écoutais ses remix et son excellent EP “How to picnic”.

Sox : On s’est revu et il m’a fait écouter un morceau: “Buck”, totalement différent de ce qu’il avait l’habitude de faire sous De Andria. Je me suis dit “ce morceau est vraiment bien, dommage qu’il n’y ait pas tout un album dans cet esprit là”. Alors je lui ai proposé de tenter un truc, en partant de ce titre qu’il avait fait pour le plaisir…

De Andria : Même si mon projet perso est différent de Sox, j’avais déjà composé des morceaux dans la veine The End, en cachette. Lorsque l’occasion de collaborer ensemble s’est présentée, tout s’est fait naturellement.

Sox : De Andria a vraiment une oreille pour les mélodies, on a la même sensibilité musicale, et on va aimer les mêmes choses. On se fait souvent des sessions d’enregistrements, chacun prend ses synthés, on fait tourner des drums qu’on a préparé et on improvise, on cherche des accords. On a fonctionné comme ça sur pas mal de sons. J’aime à chaque fois les lignes qu’il trouve.

C’est donc Buck l’élément déclencheur.

Sox : Oui définitivement “Buck”. Je trouvais dommage qu’il le laisse dans un coin. C’est un morceau difficile à classer dans une catégorie et je trouve ça bien même s’il sonne comme pleins de vieux sons dans la veine de Vladimir Cosma avec ces mélodies nostalgiques que tu sifflottes toute la journée. Sauf que là c’est fait avec des synthés d’aujourd’hui donc ça sonne plus “machine”, et c’est ce qui rend le morceau original.

Pour votre premier essai ensemble, vous avez choisi de composer la bande originale d’un film qui n’existe pas. Était-ce facile comme exercice ? Comment s’est passé le processus de création ?

Sox : C’est assez facile car on a une bonne méthodologie, en gros on part d’un thème musical et on le décline. Même si tous les morceaux ne sont pas joués à partir des mêmes accords, ils partent souvent d’une même base. On va les jouer avec d’autres instruments, faire des variantes. C’est plus facile de construire quelque chose quand t’as déjà une thématique que quand tu pars de rien.

De Andria : On est parti de “Buck” pour la structure de base. Ce morceau nous a donné le thème et on l’a décliné plus ou moins radicalement.

Sox : Par exemple les sifflements tu les retrouves sur “Sleep In Space”, qui est un morceau totalement différent et ultra ambiant. C’est le principe même d’une bande originale, partir d’un même thème et le décliner. Par contre, certaines compos ne correspondaient pas à l’album…

Les deux styles de vos projets solo sont assez éloignés, vous réussissez pourtant à unir à merveille. Comment expliquez vous que cette alchimie musicale fonctionne si bien ?

De Andria : Malgré l’étiquette nu-disco, j’écoute beaucoup de choses et je n’ai aucun problème pour faire un morceau plus electronica, j’adore ça aussi.

Sox : Je pense qu’on a aussi les même influences. Comme je dis souvent, on est tous les deux nés dans les années 80, on a grandi en écoutant des genres de musiques très variés. Petit j’avais trois cassettes : MC Solaar, Nirvana et Michael Jackson.
Ensuite il y eu la dance, du gros Rage Against The Machine, du Public Enemy, on n’avait pas de problèmes d’étiquettes. On a grandi là dessus et ça s’entend dans ce qu’on fait. Quand Loïc joue du synthé, on ressent beaucoup l’influence de Stevie Wonder joué avec des sons plutôt Daft Punk.

De Andria : Sox scratche toujours, moi j’ai eu une grosse période turntablism donc on a également la même culture hip-hop.

Que ce soit dans le nom du groupe, le concept de l’album ou les visuels du live, le cinéma est le fil rouge de The End. Qu’est-ce qui a motivé le choix du cinéma et non pas la menuiserie ou la couture ?

Sox : Tout part de“Buck”. Quand j’ai entendu ce morceau, j’ai tout de suite pensé à un film avec Pierre Richard, tous ces films des années 80 ou toutes les BO étaient faites par Vladimir Cosma. Ce sont des films populaires, pourtant ce que tu retiens le plus, c’est la musique.

De Andria : Quand t’écoutes ce titre, tu t’imagines des scènes de films, des paysages, des décors. On trouvait ça cool de produire cet effet là, c’est ce qui a clairement motivé cette direction. Au final on se retrouve avec pleins de séquences différentes, montées ensemble, ça fait une BO.

Sox : On est très cinéphiles donc les BO on adore ça, notre objectif c’est de bosser pour le cinéma un jour.

The End Sox De Andria

Le but de The End c’est donc de composer la BO d’un film qui existe, sur commande ?

Sox : Notre prochain projet c’est de composer la BO d’un film qui existe déjà mais qui n’en a pas. Mais petit à petit on aimerait être entendus par de vrais professionnels, des réalisateurs qui pourraient faire appel à nous.

Ça ne vous fait pas peur de vous enfermer dans cette bulle cinématographique et donc de ne pas pouvoir faire évoluer le projet The End vers d’autres horizons si l’envie vous prend ?

Sox : The End c’est vraiment conceptuel. Si on veut s’amuser et faire autre chose on montera un autre groupe. Ce n’est pas dur, c’est ce qu’on a fait avec tous nos projets. Loïc a fait du nu-disco, moi du hip-hop. Si un jour on a envie de retomber là dedans, ce ne sera pas sous le nom The End mais un autre.

Dans l’album, on peut entendre des samples de voix. D’où proviennent ces extraits ? Ce n’est pas un peu contradictoire de prendre de l’existant pour fabriquer la BO d’un film imaginaire ?

Sox : Ce qu’on aime bien dans cette BO c’est que chacun peut s’inventer ses propres images. Par contre c’est important d’avoir des extraits sonores pour aider l’imaginaire autour de ce film. Là effectivement on a mis des extraits de films qui existent mais on a aussi mis de l’audio provenant de vidéos Youtube d’amateurs devant leurs webcams. On a aussi un extrait sur “Runaway” qui sort de The Truman Show.

De Andria : On a aussi enregistré secrètement notre entourage, des ambiances de rue… Il y a des gens qui se retrouvent dans l’album sans le savoir.

Sox : Youtube c’est une source de malade. L’intro de “Buck” justement, c’est une petite fille qui a peur et qui tremble. En réalité elle n’a pas peur, ça provient d’une vidéo amateur filmée au camescope mais ça donne une vraie ambiance. C’est juste une gamine qui est partie à la chasse avec son père et pour la première fois de sa vie elle a tué un cerf, elle tremble a cause de l’adrénaline, elle est en transe.

En parlant de voix, très souvent les BO de films plus artistiques que pop-corn disposent de très peu de morceaux chantés. Vous avez The Key sur lequel chante Echo. Pourquoi mettre une voix sur ce titre ?

Sox : On avait envie d’un morceau chanté pour dynamiser l’album. Je ne pense pas que ce soit rare dans une BO. À la base, c’était De Andria qui chantait sur le morceau. Puis on a rencontré Echo et on est tombé sous le charme de sa voix. On s’est dit que ça serait cool de l’avoir sur un titre, on lui a envoyé deux instrus puis elle nous a fait deux maquettes. Les deux sont biens mais on a retenu “The Key”, il y a un côté léger dans sa voix, quelque chose de très spontané sans fioritures.

Pourquoi ne pas avoir utilisé ce morceau, “The Key”, comme single pour promouvoir l’album alors que c’est celui qui parait être le plus accessible ?

Sox : Naturellement c’est Discoshit qui a été choisi d’emblée. Il date de notre premier live au Point Éphémère et il était déjà sur notre page Soundcloud à l’époque. Il avait déjà pas mal tourné et c’est le titre le plus péchu de l’album. “The Key” avec Echo a sa place comme single mais ce sera pour plus tard. Il faut garder de bonne choses pour la suite.

The End Sox De Andria

Sur vos photos promos, on vous voit devant le Louxor à Barbès qui est un des symbole des petits cinémas (avec le Max Linder par exemple). Vous êtes plutôt cinéma de quartier ou multiplexe ?

Sox : Les deux, j’ai la carte illimitée (rires). Je vais souvent au MK2 vers le Canal de l’Ourcq. Mais le Louxor j’y vais aussi de temps en temps. J’aime bien les grandes salles parce que les petits écrans c’est un peu chiant, mais j’aime aussi quand il n’y a personne dans la salle. Je vais souvent dans les multiplexes le matin quand c’est vide, calme.

De Andria : Je viens d’emménager récemment dans le 10e, je suis à quelques minutes du Max Linder que je fréquente régulièrement. Sinon, je vais surtout du côté du Mk2 quai de seine/quai de loire.

Parlons du live. On a eu l’occasion de vous voir au Point Éphémère et aux Chaudronneries de Montreuil, ça commence à dater. Est-ce que vous comptez défendre l’album sur scène ? Si oui, qu’est ce qui changera par rapport à ces deux premiers essais ?

Sox : Faire un live c’est beaucoup de taff. Si on devait en refaire un, ce serait probablement avec d’autres musiciens. Dans ceux que l’on a fait, on ne pouvait pas jouer toutes les pistes malgré le fait qu’on ai chacun pas mal de machines, certaines séquences étaient automatisées. À l’avenir ça va nous demander beaucoup de préparation, mais si on trouve le temps on aimerait vraiment en refaire. Les premiers ont été une belle expérience. L’angoisse avant de monter sur scène, puis l’excitation quand tu joues et la descente… C’est vraiment une drogue. Il faut le vivre pour le ressentir.

De Andria : Si on avait le temps, on aimerait tout faire. On ferait le film, on ferait pleins de lives et pleins d’albums. On a préféré se concentrer sur le travail en studio. Le live exige beaucoup de répétitions, d’investissement.

Sox : On voudrait vraiment garder le concept de The End jusqu’au bout. Pour un live, il faut que visuellement il se passe des choses, qu’il y ai presque tout un long métrage qui se joue derrière nous pour être dans le thème. C’est tout un show à monter, un concept à faire vivre, ce n’est pas juste nous qui jouons de la musique. C’est un projet ambitieux, il faut qu’on définisse ce qu’on souhaite, on voudrait pouvoir tout faire mais on en a pas le temps.

Le film que vous mettez en musique est imaginaire, chacun peut se faire sa propre histoire. Quelle est la votre ?

Sox : Tu peux raconter tellement d’histoires différentes que ça change à chaque nouvelle écoute. En ce moment on cherche à faire un clip ou deux pour habiller des morceaux de l’album et la question à chaque fois c’est : qu’est-ce que raconte ce titre ?

De Andria : Chacun peut faire sa propre interprétation mais j’ai l’impression que la thématique de l’enfance/adolescence est le fil rouge de cette BO.

Sox : C’est un album qui nous plonge dans les souvenirs.

Composer des BO c’était votre but en vous lançant dans The End ou c’était simplement un bon concept pour faire un premier album ?

Sox : On travaille tous les deux dans la publicité on aurait pu jouer là dessus. Mais pas du tout, l’idée c’était vraiment de s’imposer un concept et de ne pas juste avoir des morceaux en vrac. On aime bien les albums concepts. Ce que faisait pas mal les Beatles, s’imposer une thématique, un univers et dérouler un album autour. On a essayé cette formule, après ça ne dit pas qu’on l’appliquera à chaque fois mais c’était un bon exercice.

The End Sox De Andria

Et donc, c’est quoi le scénario pour la suite du coté de vos projets solos ?

Sox : Je pense que mon prochain EP est bientôt fini. J’ai 6/7 titres quasiment bouclés. J’aimerais bien en faire un ou deux de plus, je ne sais pas au final combien j’en garderai. Ce serait cool que ça sorte en vinyle, mais rien n’est encore fixé.

De Andria : J’ai aussi un projet d’EP nu-disco, j’ai quelques titres qui traînent et qui demandent encore un peu de travail pour les terminer.

Sox : On ne lache pas The End pour autant. On a nos projets solos mais le principal c’est vraiment The End. On va essayer de faire ce deuxième album avec ce concept de BO d’un film qui n’en a pas. On va prendre le temps de le faire.

Quelle est votre fin de film préférée ?

Sox : Il y a la fin d’un film que j’ai revu il n’y a pas très longtemps, c’est Cinema Paradiso, un vieux classique italien. Il n’a pas très bien vieilli mais la fin est super, pour moi c’est une des plus belles fin du Cinéma.

De Andria : J’aime bien la fin d’Inception pour la conversation qu’elle a générée : les théories, les clans. Il y a des centaines de pages dans les forums, c’est impressionnant.

Ketchup ou Mayo ?

Sox : Mayo.

De Andria : Mayo aussi.

L’album est disponible en écoute et téléchargement sur le Bandcamp de Cosmonostro ou en vinyle personnalisé sur Vinyl It.

Merci à Julien, Loïc et Jean.