Dans les rues de Vitry, un dimanche ensoleillé du mois d’avril, ça sent le printemps, ça sent aussi la peinture, les fleurs et les fresques fleurissent pour le plus grand plaisir de Jean-Philippe Trigla, vice-président de l’association Vitry’n Urbaine qui organise des balades street art.

Vitry’n Urbaine est une jeune association implantée à Vitry. Fondée par deux vitriots, Francis Berger et Jean-Philippe Trigle, elle vise à mettre en valeur le street art et les street-artists de Vitry, en organisant des balades, en soutenant les artistes et en participant à la promotion de l’image de la ville. Jean-Philippe me raconte que l’objectif principal est de mettre le street art au service de sa ville et de mettre en valeur Vitry et son potentiel artistique.

“Pour moi le street art ce n’est qu’une entrée, ce n’est pas l’aboutissement, ce n’est pas la raison d’être de l’association. La raison d’être de l’association est de promouvoir un art, de promouvoir des artistes et de les soutenir si on le peut financièrement et logistiquement. L’action de cette association c’est de faire changer le regard des gens sur une ville de banlieue et le point d’entrée c’est le street art, mais le street art avec un prétexte.”

L’enjeu est de changer l’image d’une ville qui a porté et qui porte toujours les stigmates d’une ville banlieue. Dans les médias, Vitry a souvent été présentée comme étant une ville du 94, plus connue pour ses quartiers sensibles que pour ses infrastructures culturelles. En 2009, la montée du street art dans les rues de Vitry a produit une sorte de retournement. Les marquages sur les murs auparavant assimilés à de la dégradation ne sont plus les seuls sur les façades et les devantures. Des collages, des pochoirs et des stickers voient le jour et viennent colorer et remplir les murs de la ville. Alors que les tags étaient le symptôme d’un malaise social, le street art redonne un certain esthétisme à des pignons d’immeuble bien ternes. Les vandales côtoient les artistes et les regards des amateurs d’art urbain se tournent vers Vitry. En peu de temps, Vitry est devenu un haut lieu du street art reconnu dans le monde entier. Cette explosion du street art est en partie le fruit du travail de Christian Guémy (C215). En 2009, il s’installe à Vitry et propose à des artistes internationaux de venir à Vitry pour réaliser des fresques. En invitant ces artistes, des dizaines et des dizaines d’œuvres voient le jour dans Vitry, des artistes de renom viennent poser dans cette ville de banlieue.

On ne peut pas dire qu’il n’y avait rien en termes d’art urbain avant l’arrivée de C215, ce serait renier le travail d’artistes comme BROK qui graffait bien avant la venue du pochoiriste. C215 a attiré les regards sur une ville qui mettait en valeur l’art dans l’espace public depuis les années 1960. La municipalité a toujours acté pour l’accessibilité de l’art pour tous et mène aujourd’hui une politique culturelle ambitieuse qui passe par la création d’équipements culturels importants comme le MAC/VAL, premier musée d’art contemporain dans une ville de banlieue. Le street art à Vitry, ce n’est donc pas le fruit du hasard, ça s’inscrit dans une politique culturelle tournée vers l’espace public qui vise à donner accès à la culture au plus grand nombre de ses habitants. Ce qui est intéressant dans la démarche de Jean-Philippe c’est qu’elle n’est jamais déconnectée du contexte social et urbain. Les projets de l’association sont organisés pour les habitants, la finalité est qu’ils changent leur regard sur leur propre ville.

“L’objectif qui m’a porté c’est de valoriser la ville mais avant de valoriser la ville on valorise des habitants, et ça, ça m’importe beaucoup. Ils sont super contents de voir leur ville dans les médias, c’est une fierté pour eux, il y a un côté symbolique fort.”

Le second enjeu de ces balades street art, c’est de montrer aux gens qui ne connaissent pas Vitry que c’est une ville dynamique et attractive. Il est difficile de faire traverser le périphérique à un parisien, c’est une barrière physique et symbolique très forte, le simple fait de le faire venir à Vitry est une victoire pour Jean-Philippe. Le public des balades vient en majorité de la capitale, preuve que le street art peut constituer un moyen pour attirer des touristes et pour faire venir des parisiens en banlieue. Les Comités Départementaux du Tourisme de Seine Saint-Denis et du Val de Marne s’appuient notamment sur des balades de ce type pour mettre en avant un patrimoine propre à la banlieue pour attirer les touristes de la capitale. L’enjeu est de renverser l’image de la banlieue et d’en faire un espace branché.

“C’est plutôt des gens d’ailleurs, plutôt de Paris, un peu le Val de Marne, quelques vitriots, mais c’est surtout Paris. Et là on a tous les publics c’est assez intergénérationnel chez nous, ça c’est bien, on reçoit autant des enfants à trottinettes que des gens en fauteuil roulant. Je ne suis pas dans le social. On peut me considérer comme un animateur socio-culturel, mais je dirais plutôt que je fais du tourisme urbain, j’aime bien cette idée.”

Quinze visiteurs armés de leurs appareils photos, prêts à dégainer, attendent Jean-Philippe sur le parvis de l’hôtel de ville. Il est tout juste 14h, la visite peut débuter. Aujourd’hui, le tracé est plus concentré que d’habitude car une surprise attend les visiteurs à la fin du parcours. Derrière l’hôtel de ville, on découvre au cœur d’une cité une grande fresque réalisée par le collectif 3HC dont fait partie BROK, l’un des pères du graffiti vitriot.


Les visiteurs se dirigent ensuite non loin du théâtre Jean Vilar, on retrouve ici les grandes figures du street art de Vitry : les pochoirs de C215, les Meushons de Meushay, les personnages d’Avataar, une œuvre de M. Chat… Il faut chercher, regarder derrière chaque pilier, c’est un véritable jeu de piste, à chaque pas on tombe sur une nouvelle fresque. Charles Baudelaire échange quelques vers avec Renaud, Bernard Tapie cherche ses millions. Il y en a pour tous les goûts, du lettrage élaboré, en passant par la photographie, jusqu’aux œuvres plus abstraites.



Direction le centre-ville, vers l’Eglise, sur notre chemin on croise Bebar qui réalise depuis dix heures du matin une grande fresque. C’est assez fréquent à Vitry, en pleine journée des graffeurs peuvent peindre, ce n’est pas légal, néanmoins cela est toléré et autorisé avec l’accord de la municipalité et du propriétaire du mur.


Un peu plus loin, rue Saint-Germain, devant l’école Joliot Curie, pas mal de choses à voir ! Ce qui saute en premier lieu aux yeux ce sont surement les potelets colorés qui observent les passants avec leur unique oeil. Le CyKlop a réalisé ces potelets en collaboration avec les élèves de l’école Joliot Curie, une démarche pédagogique et préventive puisque le thème de cet exercice était la sécurité routière. En levant les yeux, difficile de passer à côté de cette immense fresque d’Astro qui fait près de 12 mètres de haut. En s’avançant un peu plus vers l’école, on remarque derrière les immeubles pas mal de fresques d’artistes variés, beaucoup de lettrages et un peu de musique avec un portrait de Rihanna. La visite se poursuit dans la galerie du square, au détour d’un mur Jean-Philippe attire l’attention des visiteurs sur une œuvre intrigante réalisée la veille dans la nuit. Elle est l’œuvre d’AFK, artiste norvégien venu spécialement à Vitry pour remettre une toile en hommage à Charlie Hebdo à la journaliste Zineb.

“Il y a la Norvège à Vitry, Zineb est venue à Vitry, Charlie Hebdo était dans les rues de Vitry il y a deux jours, bien protégé mais Charlie Hebdo est venu.”

C’est bientôt la fin, direction le MAC/VAL pour aller voir une fresque collective en train d’être réalisée, mais avant ça Jean-Philippe nous propose un petit crochet pour aller voir l’artiste STEW en plein travail. Le groupe remonte l’avenue Henri Barbusse bien gardée par les deux guerriers Bantus de Kouka.


Jean-Philippe avait promis une surprise, nous y voici. Depuis quelques jours, une fresque collective prend forme derrière le MAC/VAL. Des street-artists norvégiens, des graffeurs vitriots, des enfants qui jouent, des visiteurs curieux, tout ce monde est regroupé pour peindre, partager et se retrouver. Pour Jean-Philippe, le pari est gagné, le street art crée du lien entre des groupes qui ne seraient probablement jamais croisés, des non-vitriots découvrent des facettes de Vitry qu’ils ne connaissaient pas, les murs prennent vie et donnent le sourire aux passants. Je vous invite à aller voir cette fresque collective située derrière le MAC/VAL, en remontant la rue Henri de Vilmorin.


Pour finir, j’ai posé quelques questions aux visiteurs pour connaître leurs impressions :

Jean-Charles
“On se rend compte que des trucs comme ça on en voit sur Paris un tout petit peu mais moi je confondais toujours le street art avec les tags en fait. Pour moi c’est à peu près la même chose, quoiqu’il y a quand même une certaine qualité artistique, des différences, on apprend plein de choses en termes de technique. Moi je croyais que c’était en brut comme ça, au final c’est quand même un gros travail de préparation. Autrement c’était très bien.”

Véronique
“J’ai enregistré le trajet déjà, comme ça je pourrais revenir ! J’aime bien tout ce qui est street art déjà j’en ai déjà fait dans Paris, et là de voir les artistes faire et de les rencontrer c’est vraiment sympa. Jean-Philippe connait bien son truc, il donne envie, il présente les artistes.”

Cédric et Suzanne
“A Londres on a fait une visite de ce type-là, dans le quartier de Brick Lane, avec une guide qui était street artist, c’était un peu le même principe on se baladait et elle nous montrait les petits trucs, les petites anecdotes
Là ça n’a pas à rougir par rapport à Londres, peut-être qu’à Londres les noms sont plus connus mais au niveau visuel ça n’a pas à rougir. Vraiment ici il y a du gros niveau !”

Pour les amateurs de street art, de balades urbaines, de lieux insolites, Vitry-sur-Seine est incontournable. Pour assister aux balades de Vitry’n Urbaines il faut réserver à l’avance, les places étant limitées et très demandées, vous pouvez trouver des informations sur leur page Facebook mais également sur le site du Comité Départemental du Tourisme du Val de Marne. Si vous ne parvenez à avoir une place, rien de ne vous empêche de vous perdre dans les rues de Vitry à la recherche de fresques, la majorité des œuvres est concentrée dans le quartier du centre-ville et dans le quartier de la gare.

  • Brigitte_b

    Très bel article !

  • Emmanuelle

    Bravo pour voter travail. J’ai grandi a Thiais et ai tres bien connu Vitry avant le street art. Je suis venue en janvier et j’ai été epoustoufflee par la qualité et la diversité des œuvres.
    Vous êtes une inspiration car j’essaie de promouvoir le Street Art dans la ville de banlieue ou j’habite à l’ouest de Londres.
    Merci