Il y a deux ans on rencontrait Pumpkin pour la sortie de son EP Silence Radio, on a décidé de remettre ça avec la sortie de son nouvel album Peinture Fraiche réalisé en collaboration avec le beatmaker Vin’s da Cuero. Chaque question contient un des titres de l’album, un seul titre n’est pas présent, à toi de le trouver !

Le titre ROSE COMBAT est un hommage à l’album mythique de MC Solaar, qu’est-ce qui vous inspire dans sa musique ? Aujourd’hui quelles sont vos influences ?

Pumpkin : La qualité des textes, le côté éclectique de sa musique sur les deux premiers albums surtout. Après, il y a aussi des morceaux qui me plaisent sur d’autres albums. On me pose souvent la question des influences mais j’ai du mal à répondre parce que je pense que les vraies influences sont inconscientes, c’est un mélange de tout ce que j’écoute, tout ce que j’entends. C’est une digestion de tout ce qui passe par mes oreilles sans pouvoir l’expliquer avec précision.

Vin’s da Cuero : De mon côté, c’est de plus en plus de musique non rap, parce que ça fait maintenant des décennies que j’écoute du rap et c’est de plus en plus dur d’être impressionné par un nouveau rappeur, sauf exception comme Kendrick qui arrive avec un album super phat, il y a de moins en moins d’albums qui me font kiffer. En ce moment, je suis plutôt sur des trucs comme Damon Albarn qui ont d’autres esthétiques qui m’influencent. En tant que beatmaker, j’analyse en permanence la musique, et quand Damon Albarn arrive et fait aussi bien de la programmation que de la composition pure avec des instruments, c’est souvent plus riche que la plupart des albums de hip hop qu’on nous sert aujourd’hui. Avec le dernier Kendrick Lamar qui mélange de la funk et du jazz version 2015 bien orchestré avec des musiciens de ouf, je me dis que c’est vers là que je veux aller, après c’est compliqué on n’a pas forcément les moyens d’avoir les musiciens ou Flying Lotus avec nous sur nos albums. Pour Pumpkin, je pense que c’est un peu la même chose, comme on habite ensemble on écoute les mêmes morceaux la plupart du temps, pas mal de groupe non hip-hop en ce moment.

Pour le morceau avec 20syl, vous avez fait le choix de rapper en même temps ce qui est très original. Comment avez-vous écrit ? Tous les deux en même temps, ou alors vous avez fait FIFTY-FIFTY ?

Pumpkin : On a fait fifty-fifty et en même temps, en fait, c’est un mix des deux. L’idée de faire un morceau sur lequel on rappe ensemble n’est pas arrivée tout de suite. D’abord, je lui ai proposé de faire un morceau parce que vu l’expérience de « Play » (morceau de l’EP Silence Radio) qu’il avait produit, j’avais envie de l’inviter en tant que rappeur. Je t’avoue que ça a mis pas mal de temps à se faire parce qu’il n’est pas très dispo et parce qu’on n’habite pas du tout dans les mêmes villes alors on a pas mal brainstormé à distance sur ce qu’on voulait écrire. J’écrivais de mon côté, lui il écrivait du sien et de temps en temps on en parlait, on faisait le point. Un jour on s’est dit que le plus simple c’était de le faire ensemble et de se voir. On est allé à Nantes, ça c’est fait en deux temps : deux fois deux jours. On a mis en commun nos notes et du coup c’est allé beaucoup plus vite, il a donné des idées, il a dit : « Tiens, ça serait cool qu’on rappe ensemble ! ».

Vin’s da Cuero : Il y a eu plusieurs étapes. Au niveau de la composition, la première étape a été de préparer la base. Je lui ai fait un morceau un peu dans le style de ce qu’il aimait, ensuite lors de notre premier séjour à Nantes dans son studio, on a retapé le morceau ensemble. La deuxième fois, on a enregistré et on a peaufiné l’instru et j’ai refait des arrangements que je lui ai envoyés. Et c’est comme ça que le morceau s’est fini.

Pumpkin : C’était chouette comme expérience, on a bien rigolé, parce qu’on se taillait quand l’un ou l’autre avait une idée de rime pourrie. C’est intéressant de voir comment chacun fonctionne. Et le fait d’enregistrer à deux voix aussi c’était marrant parce que c’était pas si évident que ça de trouver le bon placement de voix pour que ça marche à deux.

Vous avez enregistré séparément ?

Pumpkin : Ouais, on a enregistré séparément. Enfin on a enregistré ensemble dans le même endroit sauf pas les deux en même temps, du coup c’était marrant de voir ce qui marchait : une voix plus grave, une voix moins grave, des intonations à certains endroits ou pas. En fait, si tu prends ma voix séparée de celle de 20syl je pense que tu l’écoutes pas comme si j’avais fait une voix solo, je l’aurais pas fait comme ça du tout, ma voix est travaillée différemment forcément.

BYE BYE MADELEINE c’est le titre du nouvel EP de Marcel Proust ?

Pumpkin : C’est drôle parce que c’est sans doute la seule signification de la madeleine qui est absolument pas abordée, enfin je ne m’en suis pas servie dans le morceau ni dans la communication autour du morceau. On cherchait des idées, des jeux de mots marrants et malins.

Vin’s : Ce morceau c’est le morceau avec Mr J. Medeiros qui décrit un peu un monde parfait, une vie parfaite. C’est drôle parce qu’au début on a galéré pour le titre du morceau parce qu’on était là à dire : « est-ce qu’on l’appelle My Perfect World ? », mais c’est cul-cul, ça marche pas. On s’est posé longtemps la question et on s’est dit que Bye Bye Madeleine ça marchait bien. C’est un changement de métro qu’on faisait souvent avec Pumpkin, un changement de métro entre la ligne 12, parce qu’on habitait à Lamarck dans le 18ème et la ligne 14 à Madeleine. La station Madeleine sur la ligne 14, c’est une station qui pue le sulfure d’hydrogène, une espèce d’odeur d’œuf pourri. L’album évoque le fait de partir de Paris, Peinture Fraîche est synonyme de nouveau départ, donc on s’est dit que Bye Bye Madeleine ça représentait bien cet état d’esprit : se barrer de Paris pour aller vers une vie un peu plus à la cool.

C’est pas un peu la MER A BOIRE de faire du rap indé en 2015 ?

Vin’s : C’est pas facile ! On fait du rap indé depuis fin 2009 début 2010, on produit nous-mêmes nos disques. En 2011, on a monté Mentalow Music, ça fait déjà 5 ans. Je ne sais pas si c’est plus difficile aujourd’hui de faire du rap en indé avec tous les outils de communication qu’on a à notre disposition. Un home studio c’est hyper abordable aujourd’hui, ça l’était beaucoup moins dans les années 90, pareil pour la fabrication des disques. Il y a 15 ou 20 ans, c’était vraiment un parcours du combattant pour sortir ton truc en indé parce qu’il n’y avait pas vraiment de place, de possibilité de communiquer en dehors des réseaux classiques. Je ne sais pas en fait, après nous on kiffe ça, c’est notre truc !

Pumpkin : Je trouve que c’est hyper excitant en 2015 parce que tu as des possibilités. Après, c’est certain c’est très difficile, compliqué, mais ça te force à te casser la tête pour trouver le moyen d’y arriver. Le plus difficile aujourd’hui, c’est de faire la différence. Des gens qui font de la musique, de la bonne musique, il y en a plein. Sortir de la bonne musique, sortir du lot, je pense que c’est ce qu’il y a de plus difficile. Et puis il y a tous les trucs chiants administratifs, gérer la communication…

Vin’s : …les livraisons aux distributeurs.

Pumpkin : Ouais, tout ça, tu le fais et t’apprends. Mais aujourd’hui il y a plein de gens et même si ce que tu fais c’est bien, avec des moyens d’indé c’est difficile de sortir du lot.

Vin’s : Le marché est saturé, c’est ça qui est le plus compliqué. Il y a beaucoup trop de son. C’est un truc de ouf, quand tu regardes mars, avril, mai, juin, tout le rap français sort un album. Alors comment tu fais pour tirer ton épingle du jeu à ce moment-là ? Je ne sais pas comment ça va évoluer à l’avenir mais ça risque d’être de plus en plus compliqué et finalement y’aura plusieurs type d’indé, il y a aura les indés qui auront du pognon, les indés qui n’en auront pas, les indés qui ne feront que des mixtapes.

Pumpkin : C’est déjà un peu le cas.

Vin’s : Mais ça va s’accentuer.

Les MAUVAISES LANGUES diront que le rap au féminin c’est moins bien, on leur répond quoi ?

Pumpkin : Il y a du rap fait par des mecs complètement naze et du rap très bien et c’est pareil chez les filles. On leur répond quoi ? on leur répond que le rap féminin c’est pas un genre musical et on leur dit d’écouter plus d’artistes filles.

Vin’s : Ouais surtout qu’il y en a plein maintenant, d’artistes françaises, avant on entendait : « ouais mais il y a surtout des rappeuses aux Etats-Unis », mais maintenant, il y en a plein en France, Casey Keny Arkana et des nouvelles comme Billie Brelok. Billie Brelok est plus proche d’artiste comme La Rumeur elle ne fait pas du tout la même chose que Pumpkin. Pumpkin est artistiquement plus proche d’un Lomepal. C’est pas parce que t’es une fille que tu vas faire du rap de fille. C’est vrai que nous, on ne se pose pas la question du genre. Je pense qu’il y a beaucoup de mecs qui ne s’identifient pas à une fille par machisme et pensent qu’une fille ne peut pas kicker ou tenir une scène.

Alors qu’il y a des mecs qui sont essoufflés au bout de 40 min…

Pumpkin : Non mais même au bout d’un quart d’heure !

Vin’s : Tout ça c’est une question de travail, c’est comme dans une entreprise, à la tête de l’entreprise, que tu mettes une fille ou un mec ce qui importe c’est ses capacités à gérer ton entreprise, pas que ça soit une fille ou un mec.

Pumpkin : Ce qui est marrant, c’est qu’on entend souvent les femmes chefs d’entreprise dire qu’elles doivent redoubler d’efforts par rapport aux hommes pour faire leurs preuves. C’est à dire qu’elles n’ont vraiment pas le droit à l’échec. Moi, j’ai pas cette sensation-là dans le rap mais peut-être que je suis un peu naïve. L’avis des gens sur ce sujet m’intéresse vachement parce que moi j’ai l’impression d’être complètement hermétique à ce sujet depuis mes débuts. Dans mon cas, ça n’a jamais été une question que je me suis posée, ça n’a jamais été une problématique. Je suis une personne, je fais du rap, il se trouve que je suis une femme. Mais c’est le regard des autres et les questions des autres qui me poussent à avoir une réflexion sur ce point. C’est cette confrontation au regard des autres et les discussions que j’ai avec les gens qui m’ont poussée à écrire Rose Combat.

Il va y avoir du MOUVEMENT dans les mois prochains, la sortie de l’album, la soirée au New Morning, vous attendez ça avec impatience surement, comment vous vous sentez ?

Pumpkin : Mal !

Vin’s : Non, on se sent bien. On a beaucoup de boulot parce que pour la soirée au New Morning, on veut monter un live un peu spécial avec un batteur, un bassiste/guitariste… C’est du travail. Pareil pour la sortie de l’album, c’est toujours un gros boulot en terme de promo, de comm’. Mais c’est super excitant. L’album est terminé et masterisé depuis novembre 2014, là on arrive dans la dernière ligne droite ! On a hâte d’avoir les premiers retours.

Pumpkin : La perspective de toutes ces choses qui arrivent est hyper stimulante. Ça te met dans une situation dans laquelle tu ne peux pas te reposer. C’est quand je me repose sur mes lauriers, que je suis pépère, qu’en général je commence à déprimer et que je me pose trop de questions. Là, les choses fusent, faut parfois prendre des décisions importantes assez rapidement et savoir passer à autre chose très vite. Parfois, il se passe tellement de choses en une journée, que le soir t’as l’impression que ce que tu as fait le matin même, c’était la veille. Et ça c’est vachement bien.

Vin’s : C’est ouf, on est vraiment dans une période où toutes les semaines on a plusieurs décisions importantes à prendre qui vont avoir un impact sur la suite, alors tu prends conscience que t’es dans un moment où tu avances. C’est super flippant, intense mais kiffant. C’est horrible de faire de la musique dans son coin sans retour, sans challenge, d’avoir l’impression de stagner. Et là tous les jours on a la sensation d’avancer, de franchir des étapes et c’est comme ça depuis cinq ans.

Comment ça se passe pour faire un morceau, l’ENCRE coule avant la prod, ou la musique précède le texte ?

Pumpkin : Ça dépend. J’ai rarement un texte fini avant d’avoir le son qui va coller mais j’ai souvent des ébauches et des idées que je note. Comme je vis avec Vincent et qu’il produit pas très pas loin de moi, souvent j’entends des sons et je lui dis : « ça c’est cool, j’aime, est-ce qu’on peut l’utiliser pour notre projet ? ». Il me fait souvent des versions maquettes qui me servent à écrire et ensuite c’est un peu du ping-pong. J’écris, je soumets et on fait un premier enregistrement, lui il retravaille le son et vice versa jusqu’à ce qu’on ait un morceau.

Vin’s : Oui ça se fait en plusieurs étapes. D’ailleurs, c’est drôle des fois t’as des Emcees qui nous demandent des prods et je fais un peu pareil qu’avec Pumpkin. Je ne donne pas une prod de fond de tiroir, je fais une prod exprès, je leurs fais une base assez minimaliste et je leur envoie. Je leur propose de taffer le texte et d’enregistrer et je perfectionne l’instru en fonction. J’ai parfois cette impression que les mecs ne captent pas que nous on est dans un délire d’échange.

“Actions speak LOUDER than words”, vous êtes d’accord ?

Vin’s : Ouais, c’est notre mentalité et c’est pour ça qu’on créé Mentalow Music. On fait nos disques et on fait en sorte que les gens les écoutent sans attendre qu’un label vienne nous démarcher.

Pumpkin : On a créé Mentalow Music pour lancer un dynamique de travail. On s’est dit: “qui m’aime me suive !”. Si un jour il y a quelqu’un qui veut travailler avec nous, n’importe quel professionnel, on est open pour discuter avec tout le monde. Mais une chose est sûre, on sait ce qu’on veut et on veut le faire à notre manière.

Vin’s : Trop parler ça sert à rien. Tu vois sur internet dans ce milieu, il y a des trucs qui me sidèrent. Il y a des gens déconnectés de l’univers de la musique. C’est un truc qui a tendance à m’énerver et avant j’allais le dire sur mon profil perso de Facebook. On m’a souvent reproché de poster ces commentaires négatifs et finalement c’est vrai que ça ne sert à rien de parler et vaut mieux agir. Plutôt que de dire : “c’est pas bien de faire ci, de faire ça”, je me concentre sur le fait de faire des choses constructives.

Pumpkin : Si tu ne mets pas en œuvre les idées que tu défends ça sert à rien. Les rappeurs qui prônent des idées et lancent des messages qui ne mettent pas en application eux-mêmes dans leur vie quotidienne mais ils s’en servent comme des slogans parce que c’est des grandes idées défendues par l’esprit hip-hop. Ils ne se posent même pas la question de savoir s’ils sont en adéquation avec leurs mots dans leurs démarches et dans leurs actions. Je préfère me concentrer sur ce que nous avons à faire parce qu’on manque de temps.

Vin’s : Dans le rap, il y en a plein des mecs qui ont de beaux discours, qui balancent plein de trucs et finalement, quand tu les rencontres, tu te rends compte que c’est une posture.

TIC TAC, on remonte le temps et on retourne aux sources du hip hop, avec quels artistes aimeriez-vous collaborer et qu’est-ce que vous portez comme vêtements ?

Vin’s : A Tribe Called Quest à fond. Produire un son à l’époque de Midnight Marauders ça aurait été un truc de ouf. Je suis un grand fan de NBA, en 93, j’aurais forcément été avec un maillot de Jordan ou un truc comme ça, avec des Jordans aux pieds, une casquette…

Pumpkin : …et une chaîne !

Vin’s : Oh Tribe Called Quest c’était pas vraiment ça.

Pumkin : Si ! Toi tu portais des chaînes.

Vin’s : Oui mais ça, c’était beaucoup plus tard. En 93, si tu bosses avec Tribe Called Quest ils ont pas des grosses chaines autour du cou !

Pumkin : Je dis pas des grosses chaines, mais moi j’ai vu des photos de toi quand tu étais ado et t’avais une chaine.

Vin’s : Mais c’était pas le thème de la question.

Pumpkin : Je fais un son avec Lauryn Hill et les Fugees, j’ai une veste Helly Hansen et un jean large avec une grosse ceinture et un top tout serré en dessous, genre TLC tu vois. J’aurais les cheveux très longs et lisses avec une casquette ou alors très courts. Je ferais les Fugees featuring TLC et Pumpkin !

Three years ago, when I listened for the first time to Silence Radio, I GOT THIS very pleasant feeling to discover your universe. What will be the new things in Fresh Paint ? Why people will appreciate it ?

Vin’s : T’as un flow plus dense et plus affirmé qu’avant.

Pumkin : Ouais enfin c’est drôle parce que ce que toi tu l’interprètes comme ça, il y a des gens qui l’ont perçu comme plus sérieux, comme moins léger, plus deep.

Vin’s : C’est moins léger, c’est sûr. Par rapport à Silence Radio t’es plus rentre-dedans.

Pumpkin : A mon avis, je suis plus affirmée.

Vin’s : En terme de production, ce que j’avais fait sur Silence Radio, c’était un peu dans la lignée de cet album-là. En fait, il y a avait les prémisses avec samples, arrangements et beats électro, sur Peinture Fraîche c’est vraiment plus franc aussi, plus patate, plus phat. J’ai vraiment trouvé la sonorité que je cherchais depuis quelques années déjà, depuis que j’avais changé mon matos et depuis que j’avais quitté la MPC pour passer sur Maschine. Je pense que l’un comme l’autre, on est beaucoup plus affirmé.

Pumpkin : Pour répondre à la deuxième partie de ta question, parfois tu mets des intentions dans ce que tu fais et une fois que tu le partages, ça échappe complètement. Des fois, j’ai l’impression d’être meilleure sur un morceau et le morceau que les gens préfèrent c’est un autre et tu sais pas pourquoi. Et moi je me dis : “putain, j’ai mal posé, j’aime pas trop”, et du coup c’est difficile de répondre. En tout cas je peux te dire pourquoi j’espère qu’ils vont kiffer, c’est parce que je trouve que j’ai atteint un autre niveau d’écriture, en fait je me rapproche de mon idéal. Je suis vraiment contente. Et après parce que les prods sont vraiment au top. Je trouve qu’on a réussi à faire un travail vraiment à deux. En France, on a souvent l’habitude de parler des textes et du rappeur, mais j’espère que sur ce projet on va saluer le travail de Vin’s.

Vin’s : Le beatmaking devient à la mode, tu vois des mecs comme 20syl ou Fakear exploser en solo mais c’est plus Electro que Rap. Quand tu prends des albums de rap, le beatmaker reste souvent au second plan. T’as envie de dire : “Les gars, réveillez-vous !”, parce que la grande période des beatmakers aux Etats-Unis, où ils ont vraiment explosé, où ils ont vraiment été mis en avant comme des stars, c’était aux alentours des années 2000 avec les Neptunes, avec Timbaland, ils étaient dans tous les clips, ils étaient partout et pourtant c’était il y a 15 ans. Et en France, ça met du temps.

Pumpkin : Cela met du temps aussi parce qu’on est un très porté sur le texte, c’est comme ça. Il y a une sensibilité particulière qui fait aussi la richesse de tout ce qui se fait en France d’un point de vue de la plume.

Est-ce que c’est dur de travailler à deux quand on vit ensemble, ça pose pas des problèmes de DISCIPLINE ?

Vin’s : On s’est habitué plutôt rapidement en fait. Ça a été en plusieurs étapes. La première collaboration a deux s’est faite par le live. On travaillait à deux. Avant je faisais des morceaux sur les albums de Pumpkin, mais on était pas ensemble encore. C’est vraiment en tournant ensemble qu’on a commencé à bosser tous les deux parce qu’on répétait à la maison les concerts. Finalement, ça a bien préparé le terrain pour Le Beau Temps. Le plus compliqué c’est sur les enregistrements, Pumpkin voulait maquetter les morceaux avec moi mais je ne suis pas un vrai ingénieur du son, je sais enregistrer quelqu’un, je sais faire toutes ces choses-là, mais je n’ai pas la patience. J’ai l’impression de bloquer du temps et elle a besoin d’être à l’aise et d’échanger pour taffer les textes et enregistrer ses maquettes pour pouvoir les travailler ensuite et finalement enregistrer les versions définitives.

Pumpkin : On a des divergences sur certains points comme sur l’enregistrement. La prochaine fois, on fera différemment le travail de maquettage et d’enregistrement. J’aimerais ne pas enregistrer seulement avec Vin’s parce que j’aime bien avoir des interactions, des échanges : un réalisateur. Ceci dit, on a quand même une capacité, tous les deux, à s’adapter. C’est un travail en équipe, on a réussi à trouver des terrains d’entente et des manières de faire comme pour le fonctionnement du label Mentalow Music. Sur le travail de label, c’est encore autre chose. C’est du sport des fois, comme on travaille à la maison, il faut définir des moments où l’on bosse et des moments relax. C’est pas toujours évident. Il y a des petites choses comme ça, mais ça reste des détails globalement. Je trouve assez impressionnant ce qu’on arrive à faire.

Est-ce que vous avez des coups de SPLEEN EXTREMIS ou vous êtes toujours optimistes dans ce que vous faites ?

Vin’s : T’as forcément des coups de mou. C’est rare d’être à fond tout le temps, surtout quand t’es artiste et que tu as ton propre business. L’avantage de bosser à deux, c’est que t’en as toujours un pour tirer l’autre vers le haut. C’est un vrai avantage, sauf quand les deux sont au plus bas, mais c’est pas arrivé souvent. Par moment tu as plein de mauvaises nouvelles d’un coup, tu te dis: « putain c’est relou, ça craint, on va jamais y arriver », et après tu as plein de bonnes nouvelles, ça rebooste.

Pumpkin : Globalement, on est optimiste et confiant et on pense qu’on est en train d’accomplir des choses. Des rêves qu’on avait, des projets qu’on avait envie de réaliser. On sent qu’on est dans la pente ascendante, c’est ça qui nous fait avancer. Il y a des petites victoires quotidiennes. On est plutôt positifs sinon on aurait abandonné depuis longtemps. Puis, c’est vrai qu’il y a pas mal de moment où on est un peu down, et comme disait Vin’s, on essaie de se tirer vers le haut l’un l’autre.

Vin’s : Il y a un truc qui nous aide beaucoup c’est qu’on a beaucoup de respect de la part d’autres artistes, et quand t’as des mecs qui te disent que c’est vraiment mortel ce que tu fais, c’est motivant. Là on a croisé Sly Johnson au Printemps de Bourges qui nous félicitait, qui nous disait que c’était beau ce qu’on faisait ensemble, quand t’as des mecs comme ça, que tu considères, ça te remonte grave le moral !

Question pour Vin’s, sans doute la plus importante : Ketchup ou Mayo ? Il y a deux ans, Pumpkin était Ketchup.

Vin’s : Alors moi c’est Mayo, à fond !

Pumpkin : On s’entend pas là-dessus. Ça, ça vient de ta grand-mère, il y a cinq ou six pots de Mayo à chaque fois dans le frigo.

Vin’s : Ouais mais je les mange pas tous, mais ouais moi c’est Mayo à fond, frites Mayo.

Pumpkin : Non mais des fois, il fait des mélange des deux.

Vin’s : Ah ouais si, Ketchup-Mayo

Pumpkin : Pour les frites.

Vin’s : Un bon grec Ketchup-Mayo. Ça s’appelle sauce américaine, c’est ça ? Je sais pas nous on disait sauce américaine à l’époque.

Pumpkin : Tout ce qui est américain est bien forcément [rires]. Moi franchement, je reste sur ma position : Ketchup.

Vin’s : Moi si je dois choisir entre les deux, c’est Mayo.

Il y a de la dispute à ce sujet ?

Pumpkin et Vin’s : Non, chacun ses goûts.

Pumpkin : Mais souvent il a le droit à un petit regard détestable de ma part quand il se sert en mayonnaise.

L’album Peinture Fraîche est disponible en CD, vinyle et digital depuis le 18 mai, vous pouvez trouver des infos sur le site de Mentalow. La release party organisée par Newschool aura lieu le 10 juin au New Morning. Avec le rappeur Céo accompagné de son live band et DJ Vadim. Pumpkin & Vin’S da Cuero seront exceptionnellement sur scène avec Julien Tekeyan, le batteur de Féfé, Dan Amozig à la basse et à la guitare et quelques invités surprise au micro.

Photos : Singe