Certains albums sont conçus dans des cadres spécifiques, avec des envies particulières. Petit tour d’horizon de quelques galettes composées hors des sentiers battus.

De nos jours, de la launchpad traînant dans une chambre d’adolescent aux mythiques studios d’Abbey Road, il n’y a qu’un pas. Essentiellement poussée par la musique électronique, la musique a pris ses aises, brisé des frontières et revue la manière de se composer donnant ainsi naissance à des projets audacieux.

Kanye West & Jay Z “Watch The Throne”

Kanye West Jay Z Watch The Throne

Lorsqu’ils s’associent le temps d’un album commun, les deux poids lourds du rap US – Yeezy et Hova – ne font pas dans la demi-mesure mais plutôt dans la démesure. Entre production grandiloquentes, punchlines exacerbées et invités de marque, le tout a été conçu non pas en Amérique comme pourrait le laisser penser “Made in America”, mais dans des chambre d’hôtels de luxe aux quatre coins du globe. Leur escale au Meurice à Paris donnera ainsi naissance au hit “Niggas in Paris”. Les deux amis profiteront également de leur escapade parisienne pour traîner du côté de Montmartre et puiser dans le catalogue de Ed Banger en samplant “I <3 U so”, l’hymne à l’amour de Cassius.

Avec ce projet commun testostéroné, Kanye West et Jay-Z ont sorti en 2011 l’un des albums les plus couillu de la décennie. Ball so hard !

Molecule “60°43 NORD’”

molecule 60°43 NORD album bateau

À 20 mille lieues des hôtels de luxe et leurs confortables literies, c’est dans un voyage au confort spartiate que Molecule a embarqué. En effet, c’est à bord du chalutier Joseph Roty II que Romain Delahaye à mis les pieds. Dans ses valises : un inévitable mais ô combien essentiel ciré jaune, mais également de quoi aménager un petit studio exigu dans sa cabine.

Le voilà donc parti pour une croisière de 34 jours dans l’atlantique Nord. Pendant que l’équipage s’attelle à remonter dangereusement des filets de pêche, lui enregistre les sons avoisinants au grès de ces promenades sur le pont ou dans la cale. Émergera alors le houleux album 60°43’ NORD, sorti en début d’année et dont le titre fait référence à la latitude la plus élevée atteinte par ce tank flottant lors du périple de Molécule.

Odezenne “Dolziger Str. 2”

Odezenne Berlin Dolziger Str 2 album studio

La sortie du maxi “Rien” et ses polaroids immortalisant une soirée berlinoise en guise du pochette, indiquaient qu’Odezenne avait fait un séjour en terres allemandes. La sortie de leur album Dolziger Str. 2 et sa campagne de promotion XXL nous le confirme de par son nom et les différentes interviews.

Voiture qui déborde, direction la capitale allemande, laissant derrière eux compagnes, amis et animaux de compagnie avec un but, se retrouver à trois, seuls, isolés pour se retrouver, enregistrer et quitter les lieux une fois un album sous le bras. C’est au Dolziger Str. 2 dans Berlin Est qu’ils hanteront une maison louée pour l’occasion durant plusieurs mois durant. Huit mois en huis clos dans la grisaille berlinoise. L’histoire ne nous dit pas s’ils ont côtoyé les clubs mythiques, le Berghain en figures de proue, néanmoins on ne trouve aucun relents de Ben Klock dans l’ambiance bien terne de cet opus.

Jean-Michel Jarre “Electronica part. 1”

jeanmichou

Entre des concerts gigantesques aux quatre coins du monde et un habillage musical pour les machines à grappin des fêtes foraines, l’homme à la harpe laser n’a plus rien à prouver. Avide de nouveaux défis, l’homme a parcouru le globe durant 5 années pour rencontrer d’autres artistes, essentiellement issus de la scène électronique. Son but, concevoir un album dont chaque piste sera un featuring avec un musicien différent. Le voilà donc parti pour Los Angeles afin de travailler dans le studio de Moby, pour ensuite revenir en France non loin de son propre studio afin d’aller travailler sur les terres de Air ou encore faire un détour en Angleterre pour rentrer dans le “Space Mountain” de Fuck Buttons.

Perdu dans les méandres des collaborations, cette première partie d’Electronica n’est au final pas vraiment un album, le résultat s’apparentant plus à une compilation ou un carnet de voyages et de rencontres. Une seconde partie est annoncée pour 2016.

 

Thylacine “Transsiberian”

Thylacine Transsiberian train album studio couchette sncf david gilmour

Le benjamin de la bande s’est lui aussi récemment prêté à une aventure similaire à Molécule. Sentant son inspiration bridée dans son studio, il a donc lui aussi fait ses valises direction Moscou afin de mettre les pieds à bord du transsibérien. Son ambition ? Avoir composé un album lorsqu’il arrivera au bout de ces 9000 kilomètres de rails. Armé de son enregistreur, Thylacine capture des sons de gares, de voyageurs, de trains mais également des voix, des chants et des ambiances lors de ses escales.

L’influence du mode de locomotion, des paysages, de l’atmosphère dans laquelle l’album a été conçu n’est pas forcement palpable. Seules les sonorités capturées nous relient vraiment à ce contexte, à cette histoire. Thylacine n’a tout de même pas à rougir de son entreprise puisqu’il a réussi à aller au bout. Et puis entre nous, c’est quand même bien mieux que le jingle de la SNCF utilisé dans un morceau de David Gilmour.