Nous avons rencontré Damien, artiste qui remet les années 80 à l’honneur et au goût du jour.

Musicien et grand rêveur, Damien Rougier a sorti un album courant 2015 ainsi qu’un superbe clip lundi dernier. Ça a été l’occasion pour nous de rencontrer ce garçon bavard, amoureux du son, de l’image et qui fait revivre un genre musical beaucoup trop perçu comme ringard.

Présente toi auprès de nos lecteurs.

Bonjour, je suis musicien. J’ai fais un disque, sorti l’année dernière et sur lequel j’ai passé pas mal de temps, qui s’appelle ‘Light at your Window’. Sinon je suis Parisien, je suis Verseau, myope, j’essaye de faire du piano et j’adore les synthés.

Quel est ton passé et parcours musical jusqu’à maintenant ?

Je suis mélomane et j’ai commencé la musique assez tardivement, vers 13/14 ans. Contrairement aux enfants qui ont fait pas mal de solfège, moi j’ai fait n’importe quoi, ce qui a fini quand même par donner quelque chose ! Je fais un peu de saxo aussi avec un prof, ce qui m’a permis de découvrir le jazz puis j’ai eu un ordinateur avec un contrôleur MIDI, j’ai commencé à faire des compos à ce moment là. Je suis également réalisateur, si tu veux je refais mon histoire. Je suis allé en Inde, ou j’ai rencontré un sage qui m’a donné une pierre magique. Je l’ai toujours sur moi, c’est celle qui me permet de faire de la musique !

Tu fais, d’après ce que tu dis, de la “Happy Wave”. Pourquoi faire revivre la New / Retro Wave ? Est-ce ton style musical de prédilection ? Quelles sont tes influences ?

Je ne sais pas encore si c’est mon style de prédilection puisque pour l’instant c’est tout ce que j’ai sorti, j’espère néanmoins faire d’autres choses par la suite. Niveau influences, il y a d’abord Hall & Oates. J’aime bien leur ton, leurs clips, la légèreté qui se dégage du projet. Sinon j’ai découvert Bowie avec ‘Outside’. À l’époque personne n’aimait cet album, c’était un peu la honte de l’apprécier. Il m’influence beaucoup avec ses mélodies. Bon, c’est sûr, j’ai pas la même voix que lui. Il y a ‘Bad’ et ‘Dangerous’ de Michael Jackson aussi, je trouve ça vraiment canon, j’écoutais que ça avec du Yellow Magic Orchestra et du Céline Dion. Chez les français, j’aime beaucoup Niagara et Jean-Louis Murat. Au final l’influence des années 80 est toujours présente, on y est encore en fait.

Comment se passe la conception d’un morceau chez toi ?

Je débute généralement directement sur l’ordinateur ou sur le piano. Dès que je fais un petit truc qui me plaît je compose autour. Ensuite je trouve un thème et j’écris les paroles. Des fois ça sort tout seul et d’autres, ça coince pas mal. Je fais souvent plusieurs versions d’un morceau, très pêchu, triste etc. Par exemple, ‘Light at your Window’ existe avec pas mal de peps mais dans l’album je trouvais ça cool de le mettre au milieu et qu’il soit plus calme.

Tu parles beaucoup d’amour dans tes morceaux. T’es en manque ?

Haha, non. Quoique, c’est vaste l’amour. On aime ses nouvelles chaussettes, sa mère, le soleil. C’est vrai que la séduction a été un gros moteur pour faire de la musique, cette dernière permet de mieux se faire comprendre que par les mots je trouve. Mais oui, sur l’album je passe un peu trop pour une victime.

Tu as décidé de sortir un nouveau clip, illustrant le morceau ‘Tomorrow’. Pourquoi celui la ?

C’est le seul morceau que j’ai fait pour moi, il me touche beaucoup. J’aime bien son côté dualité avec les complets tristes en mineur et les refrains en majeur, je trouvais ça intéressant à illustrer.

Tu as réalisé le clip toi même, en utilisant divers procédés d’animation comme la 3D ou la rotoscopie. Comment as-tu acquis ces techniques ?

J’ai fais les Beaux-Arts donc appris à dessiner, ce qui a pas mal aidé. L’animation 3D je ne sais pas faire. J’ai commencé à apprendre la rotoscopie doucement de mon côté. N’étant pas animateur, c’est de la gruge mais c’est bien pratique. J’ai adoré faire la ville en 3D aussi. Pour ce projet j’ai évidemment été aidé par de malheureux amis, des couche-tard.

On en a une petite idée puisque le teaser est sorti il y a plus de 8 mois, mais combien de temps t’as pris la réalisation de cette vidéo ?

Je ne pourrais pas vous dire bout à bout. J’ai tourné le clip sur une maquette de ‘Tomorrow’, avant d’enregistrer le disque. Je l’avais fait directement sur fond vert, ce qui m’a sauvé, puisque je ne savais pas encore quelle technique d’animation j’allais utiliser. En comptant le story-board, le tournage, la réalisation etc., ça a du prendre minimum 6 mois, sachant que je ne comptais pas mes heures chaque jour.

Pourquoi avoir utilisé l’animation au lieu d’un film ? Est-ce que ça illustre mieux le côté rétro de ta musique ?

Depuis le collège je voulais faire un film d’animation, c’est un rêve de gosse un peu. Faire de la musique m’a permis de le concrétiser, car travailler sur un format clip est bien plus simple et abordable qu’un court ou long métrage. L’animation permet aussi d’avoir énormément d’imagination. J’ai pu faire et adapter des choses, pensées “facilement” alors qu’en prise de vue réelle ou en incrustation c’était infaisable. J’avais cette idée de ville très carrée, linéaire et futuriste, c’était quand même plus simple de lui donner vie par le biais de l’animation. La seule contrainte qu’on a c’est les limites de notre imagination.

On voit clairement des touches connues dans ce clip, à la Blade Runner, Tron, et bien d’autres. Parle nous de tes influences visuelles.

La première influence visuelle pour le clip c’était Flashback (ndlr : jeu vidéo sorti en 1992 sur Amiga, réédité en 2013). J’aime beaucoup la sobriété graphique et esthétique de ce jeu, comme Tron, c’est magnifique, formidable et ce sont deux grosses références en rotoscopie. Par contre, scénaristiquement c’est abominable. Il y d’autres choses qui ne sont pas spécialement ma came mais qui techniquement influent beaucoup, comme Blanche Neige, Betty Boop ou Métal Hurlant. Sinon il y a Akira, qui est incroyable. C’est jouissif à regarder, tous les plans sont beaux malgré la violence. On peut parler de Blade Runner et de Star Wars aussi.

On a eu l’occasion de voir que tu es à l’aise sur scène à l’International mais où tu étais seul. Tu es également passé par le Bus Palladium et le Pop Up du Label mais cette fois accompagné. Quelle serait ta configuration rêvée en terme de musiciens, matos, scéno etc. ?

Je fréquentais beaucoup l’Inter quand j’étais ado, c’était marrant d’y être sur scène, ça fait très plaisir. Pour les mêmes raisons, j’aimerais beaucoup jouer au Point Éphémère. Sinon, j’aime beaucoup les configs de théâtres, comme la Cigale, l’Olympia pour rêver. Faut pas aller au delà, quand c’est trop grand c’est clairement moins bien. J’avais vu Bowie à Bercy pour la tournée Reality (ndlr : 20 et 21 octobre 2003) et c’était vraiment juste au niveau du son, de l’acoustique, de l’emplacement etc. mais le pire ça a été Michael Jackson au Parc des Princes (ndlr : 27 et 29 juin 1997). J’étais plus jeune mais ça m’avait vraiment calmé sur les gros concerts, j’avais trouvé ça nul et étais très déçu en tant que fan. Bon, dans tous les cas il y quand même très peu de chances que je joue dans un stade ! J’aimerais beaucoup faire quelque chose à l’IRCAM, peut être plus tard.

Et niveau zicos ?

Être seul sur scène j’y croyais pas trop avant, mais au final ça marche et ça remet tout en cause. J’étais contre les bandes enregistrées, les samples etc., je comprenais pas l’intérêt de voir un mec seul appuyer sur des boutons. Au final j’ai essayé, c’était jouissif et les gens aiment bien. De plus, utiliser de grosses boîtes à rythme c’est quasi impossible à retranscrire sur scène avec un batteur. J’ai mis du temps à l’accepter mais voilà, il y a plus que moi et mon ordi sur scène. En terme de musiciens, j’aimerai quand même retrouver un batteur, un guitariste, un saxo ou même un contrebassiste.

Le Lucina AX-09 de chez Roland ne ne serait-il pas ton instrument fétiche par tout hasard ?

J’ai également un SHS-01 de chez Yamaha mais il est trop vieux, les touches sont trop petites et le MIDI fonctionne hyper mal. J’ai acheté le Lucina pour la scène. On voit jamais ce que font les claviéristes, au moins la c’est visuel, je peux me balader avec c’est chouette. Je l’ai acquis également parce que je peux le contrôler en MIDI, les sons ne sont pas que dans le synthé, aussi parce que j’aime bien sa forme, par contre il est lourd et encombrant. Y’a une plaque en métal dedans, je me tâte à la remplacer par du bois léger.

Es-tu maintenant l’heureux propriétaire d’un Korg Polysix ou non ?

Non, toujours pas ! J’ai un DX7 1 de Yamaha, un Roland D-50 aussi qui a révolutionné le synthé un peu à l’époque grâce à tous ses reverbs intégrés et échantillons très courts. Par contre ils sont assez difficiles à utiliser sur scènes à cause des changements de programmes. J’ai également un Korg R3 que j’ai principalement acheté pour son vocoder, qui au final est un peu décevant, mais il a un son de basse super beau que j’ai utilisé notamment sur ‘No Reason’ par dessus un vrai son de basse.

Ketchup ou Mayo ?

Mayo avec tout. Les frites, le confit de canard, le poisson. J’ai toujours trouvé horrible qu’on mette du ketchup dans ses coquillettes.

Vous pouvez retrouver l’univers de Damien Rougier sur son Soundcloud, Bandcamp et Facebook.