À une heure où les enfants se brossaient les dents après une journée riche en chocolat, le trio Moderat venait sonner, en ce lundi de Pâques, le coup de d’envoi de sa tournée mondiale à Olympia.

En février 2014, nous ne tarissions pas d’éloges quant au live de Moderat à l’occasion de la tournée suivant la sortie du second album. Nous avions pu assister à un Trianon fabuleux sans pouvoir recroiser le chemin du groupe lors des quelques rares dates qui ont suivies dans l’hexagone. Autant dire que l’excitation était à son comble lors de l’annonce d’un Olympia le 23 décembre dernier. Noël quelques heures avant l’heure.

Sascha, Szary, Gernot et leur équipe ont choisi cette célèbre salle parisienne en guise de starting block, afin de porter sur scène leur troisième opus lors d’une tournée quasi sold-out qui s’annonce gargantuesque. Autant dire que la pression devait être grande pour cette formation qui n’est à l’origine qu’un side-project et dont la notoriété semble avoir dépassée celle de leurs carrières respectives.

En ce lundi de Pâques, c’est donc avec une certaine excitation que l’on se retrouve face aux lettres rouges de la façade du 28 Boulevard des Capucines. Le concert affiche complet depuis plusieurs semaines et la course aux billets semblait être un véritable parcours du combattant pour les retardataires. De toute évidence, les germaniques sont plus qu’attendus.

Une attente dont Shed fera les frais. Programmé en première partie, on peut entendre des “casse toi on veut Moderat” et autres idioties fuser lors de son arrivée. Dans une ambiance enfumée rouge électrique, Shed triture ses machines et nous offre un court live expérimental des plus beaux apparats pour ouvrir Moderat. On regrettera donc qu’une grande majorité du public ait préféré divaguer dans un brouhaha général ponctué de quelques saloperies lâchées à son attention.

Vint ensuite au tour de Moderat de venir occuper la scène. Tour à tour, chacun vient se placer devant son pupitre. D’abord Gernot, puis Sascha et enfin Szary. À chaque apparition, le public exalte. L’ambiance est électrique, peut être même un peu trop. La musique des allemands n’est pas celle de Justice ou Vitalic et certaines réactions peuvent paraître un poil exagérées, aux premiers abords. Et pourtant, c’est la retenue, l’attente d’un live aérien, qui est un tort ce soir.

Car visiblement, les berlinois n’ont pas décidé de faire dans la dentelle, pas question de rééditer l’exploit stratosphérique de la précédente tournée. Les objectifs semblent ailleurs. Pour les anciens titres comme pour les plus récents, les kicks sont forts et abrupts. Omniprésents, ils font efficacement sauter les kids et couvrent les mélodies, les voix, annihilant toute l’essence poétique et la fragilité des morceaux. “Du son de brutasse” pourra-t-on lire. On ne dira pas mieux.

La scénographie ingénieuse de la précédente tournée a laissé place à un simple écran à LED couplé à quelques lasers. Bien que cette scénographie signée Pfadfinrei offre quelques épiphanies visuelles, elle reste très terre à terre, dépouillée et agressive. Les visuels peu inspirés, parfois déjà vus et souvent désuets sont ponctués d’écrans blancs stroboscopiques faisant échos aux martèlement des basses. Une démonstration de force qui nous laisse de marbre.

Il faudra attendre “Damage Done” pour entrevoir un fragment d’émotion dans cette houle. Mais il est trop tard, les damages sont faits et on a perdu pied dans ce concert trop lisse dopé aux stéroïdes. Lorsque les lumières se rallume, la majorité du public transpirant semble conquis par cette techno de stade sans âme. “This is not, what you wanted” chantait Sascha…

Gardons tout de même en tête que c’était une première et que les choses pourront évoluer. Si tel est le cas, il serait regrettable qu’un Olympia vendu 40€ ait servi de filage.

Photo home : 2manypics