Le 31 octobre, le duo Cactus et Mammuth va tenter de faire couler le Batofar. L’occasion pour nous de plonger dans leur monde chaleureux.

Lorsqu’un Cactus rencontre un Mammuth cela donne lieu à une rencontre explosive unique en son genre. L’univers musical de ces deux producteurs est un savant mélange d’électro, de hip hop, de trap et de sonorités diverses. Par-delà la musique, le duo invite à repenser complètement le concept de « soirée », en intégrant davantage le public à leur live dans une démarche participative. Ils nous racontent ici leur histoire, leurs projets et leur vision de la musique.

Comment ça se rencontre un Cactus et Mammuth d’ailleurs ?

Mammuth : Tout a commencé grâce à BNC Business Crew, notre ancien collectif, qui est actuellement en sous-marin, mais ça c’est une autre histoire.

Cactus : En gros BNC, c’était les membres de YEUZ, nous, et un autre gars qui s’appelle Julien qui avec Mammuth faisait un autre projet.

On dit Mammuth ou Mammouth ?

M et C : Mammuth !

C : Parce qu’en fait à la base on voulait s’appeler juste Cactus mais c’était trop simple. A l’époque j’étais à fond sur une vidéo d’un doublage français de Nicky Larson dans laquelle tous les méchants parlent de manière débile. Il y a un gars qui s’appelle Mammouth dans le truc et le mec lui dit : « Je sais très bien qu’il s’appelle Mammouth, mais je l’appelle Mammuth rien que pour l’énerver ! Il a des nerfs d’acier ». Et du coup, on cherchait Cactus et quelque chose et on a pris Mammuth.

M : Pour revenir à la rencontre, on a mixé d’abord ensemble au Café Charbon. On s’est rapidement rendu compte qu’on avait le même goût pour la musique zinzin. Les trucs débiles, style pouêt-pouêt, avec des voix bizarres. Un peu naturellement on a voulu faire du son ensemble.

C : En fait, le Café Charbon c’était un afterwork c’était très…

M : …House, Tech House, très club au final…

C : …un peu commercial, il fallait pas trop surprendre les gens. Et quand on y était on se demandait s’il fallait qu’on bouge ça un peu, s’il fallait dépasser les limites. A partir de minuit, une heure, les gens commençaient à être un peu bourrées, un peu plus chauds et ça passait mieux.

Les gens étaient réceptifs ?

M : Depuis le début on a toujours eu une grosse énergie positive et efficace, ce qu’on aime c’est descendre danser avec les gens, faire du hip-hop, faire du karaté.

C : On fait des choses très métissées finalement.

M : D’abord on a mixé ensemble, et j’étais toujours fan de ce que Cactus faisait, moi je fais des trucs un peu bourrin. Avec Cactus et Mammuth j’ai trouvé un certain équilibre j’ai réussi à apaiser mes chakras. On est vachement complémentaire au final, dans la façon de faire du son. On peut dire qu’il y a une façon de cactutiser et de mammuthiser le son. Quand j’vais faire un son, je lui passe et il met la touche de Cactus et quand il m’envoie un truc je le mammuthise.

Le travail part toujours d’une personne ?

M : Ouais la plupart du temps, il y a quelques sons, c’est assez récent, où l’on arrive à créer ensemble.

C : Sur un morceau qu’on est en train de finaliser, on a commencé en partant de rien, en se passent un peu le morceau et en proposant des choses de manière spontanée.

M : C’est facile de faire un jam avec une batterie une guitare, faire de la musique électronique à deux en même temps sur un Mac c’est chaud !

C : On vient tous les deux de groupes, toi tu étais chanteur dans un truc de métal.

M : Ouais carrément ! Après le hip-hop a toujours été dans ma culture, mon grand frère écoutait du rap français, ça vient de là. Et j’ai toujours eu cette énergie du métal dans mes sons.

C : Lui, c’est des trucs super bourrins, les rifs qui sont très trap aussi. On n’a jamais dépassé le côté criard qu’il peut y avoir dans la dubstep où tu passes tout de suite à un autre public, nous on n’est pas trop dans ça. Notre production elle s’est faite avec l’évolution de notre façon de mixer. On a mis longtemps à construire une playlist avec des morceaux stupides et décalés. C’est juste une minorité des sons qui sortent aujourd’hui. On est assez fan de la grosse électro comme les Crookers, et les trucs à l’ancienne…

M : …tous les Ed Banger.

C : On est un peu dans cette continuité et dans une forme de modernité aussi, parce que quand tu vois ce qu’ils font aujourd’hui à part Mr Oizo, c’est pas aussi fou.

M : Au niveau du mixage on a eu une grosse influence de la trap.

C : Moi j’suis un énorme fan de funk et de hip-hop old school. Grand Masterflash, Sugarhill Gang, c’est des vinyles que j’achetais au lycée, je mettais tous les sous que j’achetais à droite à gauche dedans.

M : Il était prostitué.

C : J’étais prostitué, gigolo dans des hôtels de luxe pour adultes vicelards. J’adorais tous les Afrika Bambaataa, les sons avec ce genre de rythmique. On a rendu ça un peu plus électro, avec un peu moins de paroles et de sons débiles. On a mis un an à trouver cet équilibre.

Le premier remix de Missy Eliott que vous avez sorti est un peu dans cette lignée.

M : Ouais voilà, il a vachement bien tourné en plus, on ne sait pas trop comment. Quand on l’a mis sur youtube j’ai envoyé le lien à personne et on a eu 5000 lectures, et aujourd’hui il y en a 27000. C’est complètement incroyable.

C : C’est que des américains, et sur ce son a eu deux personnes qui nous ont demandé d’utiliser notre musique pour faire une chorégraphie parce qu’ils avaient trop kiffé le son. Une gamine et une daronne qui dansent sur notre son, on a retrouvé la vidéo.

M : Ce qui est bien avec ce son c’est que ça a un peu posé les bases.

Les bases de votre univers ?

M : Ouais, on s’est rendu compte que ce format-là parlait à des gens. Cela nous a conforté dans notre direction et ça prouve que ce qu’on fait est apprécié.

Est-ce que ça va diriger vos projets futurs ?

M : Oui carrément ! Je pense que là on a un projet homogène, on a mixé au Panic Room, il n’y a pas longtemps et on a réussi à faire un set d’une demi-heure avec que nos sons. Et c’est trop bien d’arriver à faire ça. Les gens étaient hyper réceptifs, notamment l’organisateur.

C : Au niveau de la production je trouve qu’on a eu une longue phase d’homogénéisation de nos deux univers. Il avait tendance à faire des trucs très efficaces, et moi de mon côté j’étais plus funky. Lui il apportait une touche plus club, l’objectif c’est toujours que ça marche en soirée. Il faut que ça soit débile mais hyper efficace et pas prise de tête.

M : Il faut toujours un côté très tropical, très chaleureux.

C : Chaleureux, je crois que le mot est extrêmement bien choisi. On fait ça en réaction à la scène DJ très lisse qu’on a actuellement. Il y en a de très bon, mais il y a beaucoup de soirées sur Paris où les mecs on a l’impression qu’ils passent la même chanson pendant 30 minutes. Et le DJ il est là en mode : « Regardez-moi, je mixe, j’suis content, et y a rien qui passe avec le public ».

M : Le fait qu’on ait déjà fait de la scène à notre niveau nous donne envie de communier avec le public et de donner une certaine énergie.

J’ai vu que pendant vos sets vous êtes super dynamiques, vous proposez des activités au public. Vous repensez un peu le rôle du DJ actuel, vous êtes plus dans de l’animation que de la simple ambiance.

M : C’est exactement ça, on veut surtout que les gens passent un bon moment. On avait mis une toile à notre dernière soirée au Batofar pour que les gens puissent peindre. On donne aussi des brassards pour former deux équipes et faire des battles, ça repense le concept de la soirée.

C : Cette soirée au Batofar sur la terrasse a été surprenante, parce qu’il y avait plusieurs générations. On a vu une mamie qui tapait du pied à côté d’un gosse qui dansait, c’est incroyable quand on a commencé le battle, la grand-mère s’est déplacée pour se mettre à côté. Notre univers c’est un peu comme un mauvais film de hip-hop des années 2000, genre Street Dance Vol. 7.

M : Il y a un côté Kitsch qui nous fait rire, comme des vieux synthés qui ont mal vieilli. Si quand on fait un morceau, on ne rigole pas, c’est qu’il est pas bon tout simplement. Là, on est sur un morceau où l’instrument principal c’est des cris de dinosaures.

Vous avez beaucoup d’autodérision.

M : Ah mais grave, aucune prise au sérieux. On met des bandanas sur nos têtes ou des casquettes Johnny Hallyday comme Cactus aujourd’hui.

C : Sans être inaccessible. Si tu prends Salut C’est Cool, c’est trop perché pour nous et je trouve que tu ne peux pas écouter leur musique dans tes écouteurs dans le métro. Faut être déchiré pour que ça soit accessible. Nous on veut faire des trucs perchés, mais toujours avoir un côté terre à terre quand même, avec une grosse rythmique. Faut que ça soit bien fait et bien produit. On veut toujours que ça sonne pro. La majorité de notre entourage musical quand on a commencé était des ingénieurs du son.

M : On a toujours eu des critiques justes et acerbes du coup, ça nous a poussé à sortir des trucs propres.

C : Dans notre démarche, on essaie de proposer des choses nouvelles. Aujourd’hui les soirées à Paris sont très formatées, les gens attendent des choses précises. Nous, notre musique tranche, c’est radical. On a fait plusieurs scènes, notamment une dans une grotte en Touraine qui était incroyable.

M : Dans une galerie de calcaire qui faisait 10 km de long, il y avait des chauves-souris sur le trajet. Il faisait 12 degrés à l’intérieur.

C : Et là on a fait un live, pas un DJ set. Tout est écrit, et c’est pas facile de changer en cours de route. Et les gens qui avaient un peu les attentes d’un DJ set classique un peu house, ils se sont barrés. Par contre ceux qui sont restés étaient à fond.

M : Notre musique c’est un peu t’aimes ou t’aimes pas. Soit tu as des attentes précises et ça passe pas, soit tu es ouvert et tu rentres dedans.

Vous avez vraiment un style qui vous est propre finalement.

C : Voilà, et on essaie en ce moment de trouver une ligne directrice pour tout ça. Même dans le visuel, quelque chose de très coloré, un peu enfantin, le but idéal serait que les gens aient pas besoin d’être défoncés pour apprécier notre musique.

M : Pas besoin d’être torché quoi. Dans la façon qu’on a d’organiser les soirées en ce moment, on met l’accent sur le fait de passer un bon moment, on fait gagner des lots et tout. On veut que les gens prennent du plaisir et gardent un bon souvenir.

Vous pouvez parler un peu de votre soirée que vous allez faire au Batofar pour Halloween ?

M : Bien sûr ! On a fait un test qui s’est super bien passé au Batofar fin août, on a eu de bons retours. Le patron du Batofar était là et a beaucoup apprécié. Ils nous ont proposé de jouer en octobre, on a demandé Halloween, et le mec a dit oui direct !

C : Ouais, c’était incroyable. Sachant que le mec du café Charbon, qui nous bookait à l’époque, nous avait dit qu’il y avait trois soirées à Paris qui sont bonnes : résultats du bac, Halloween et l’autre je sais plus. Mais Halloween c’est le top. On va partir donc sur du 19h-2h du mat’, là on est train de préparer tout ça.

Vous gérez toute la soirée, vous allez jouer pendant tout ce temps ?

M : Ouais, la dernière fois le 23 août, on a joué de 18h à minuit. C’est des barres parce qu’on passe plein de trucs différents. On avait commencé par de la funk, ensuite du hip-hop old school, puis après on est parti sur un battle de dance. Les deux dernières heures on a passé des trucs un peu plus club, en fonction de l’ambiance.

C : On va faire un atelier maquillage pour les gens qui sont pas déguisés, on laisse les choses à disposition. On va faire un atelier de confection de poupées vaudou en coton. Comme ça les gens ils vont rentrer avec un souvenir. Un concours de limbo, une toile pour peindre…

…un twister ?

M : Le twister ça pourrait être dans ce délire ouais. Et j’aimerais bien construire un canon à confettis, mais c’est pas sûr, il faut que je vois avec le bar ! La première fois qu’on avait mixé, c’est une platine libre, il y avait dix personnes. On avait ramené les trucs que tu fais péter ça fait des serpentins. Le mec à la fin était super énervé.

C : Le gars nous avait dit que nos morceaux étaient de mauvaises qualités. Il y a des gars super élitistes et chiants en fait, et nous on est anti mec chiant.

M : On a un état d’esprit assez léger, on veut s’amuser.

C : Il y aura aussi une fille qui est créatrice, elle va faire une collection spéciale Cactus et Mammuth, elle aura un stand pour vendre des trucs. On va sortir un EP de 4-5 titres et j’aimerais bien en vendre quelques-uns pendant la soirée. Il faut faire les choses par nous-mêmes je pense. Aujourd’hui, on est tous les deux très contents de notre projet, je pense qu’on n’a jamais été aussi content.

Comme vous êtes bien dans un délire hip-hop ça vous ne dirait pas de collaborer avec des rappeurs ?

C : Si c’est une idée qu’on a, avec des flows un peu à l’ancienne. On aime bien ce que fait le cubain Oto Von Schirach, ça serait marrant de le faire pour chauffer les gens à danser en fait.

M : Un rap marrant quoi en français, un peu à la Svinkels peut-être mais plus simple pas avec des textes de ouf. Un peu comme les phases du MC qui chauffe les gens.

C : J’aime le côté festif un peu basique, faire danser les gens, faires de chenilles, alors que lui déteste les chenilles.

M : Ouais, moi j’ai encore du mal avec les chenilles dans ces moments, je reste derrière les platines, c’est son truc la chenille.

Ketchup ou Mayo ?

M : Mayo direct !

C : Moi c’est Ketchup Mayo c’est sûr, j’adore mélanger les deux en même temps c’est une osmose parfaite.

Retrouvez Cactus et Mammuth sur Soundcloud et ce lundi 31 octobre pour leur soirée d’Halloween au Batofar. Toutes les infos sur l’évènement Facebook.